vendredi 22 mai 2009

Changement de point de vue



Aujourd'hui, sortie sur le Chastang avec l'ami Nicolas, à deux bateaux.

L'eau du lac se réchauffe rapidement en cette saison.
Il y a deux mois elle était à 8°C, la semaine dernière on mesurait une valeur moyenne de 17°C, et ce vendredi en milieu de journée le thermomètre du sondeur indiquait 21°C juste sous la surface, avec des pointes à 25 dans les anses peu profondes.
De grands bancs d'ablettes patrouillent en surface, des perchettes par milliers stationnent dans les arbres immergés, les brèmes sont à la noce et batifolent sur les bordures. Le lac est bouillonnant de vie.
Tout est prêt pour le retour des pêches de surface aux leurres dur, à la recherche des brochets.
De plus, par chance, pour le plaisir des yeux l'eau est très claire : plus de 3m de visibilité. : on va pouvoir pêcher à vue !

Je découvre ces jours-ci la photographie subaquatique. Je profite donc du soleil et de l'eau claire pour tirer le portrait aux brochets qui auront bien voulu honorer mes leurres.
Je suis ému de griller mes premières pellicules numériques sous la surface ; le changement de point de vue me réjouit.

Evidemment photographier sous l'eau quand on est sur son bateau est un peu délicat, question visée. On déclenche au jugé.
Il y a je crois un coup de main à prendre, car sachant qu'il faut les deux mains pour tenir le boîtier et déclencher, le poisson est tenu en laisse, canne posée sur le pont, frein du moulinet desserré.

Pour l'anecdote, bien désserrer le frein, c'est important : au premier poisson j'ai ratrappé la canne au vol, qui partait à l'eau sur un départ appuyé du brochet qui n'appréciait pas de se faire tirer le portait !


Trois poissons sont venu poser.

J'aurai aimé ajouter celui, estimé à plus du mètre, qui a suivi quelques secondes mon "four-play" (Prologic) en début d'après-midi. Ca sera pour une autre fois.

Une vraie gueule de bandit



vendredi 3 avril 2009

Des souvenirs plein la tête

Perche de l'Aigle - 47 cm - mars 2009


Sortie de pêche sur le barrage de l'Aigle en mars.

Avoir tout un lac rien que pour soi : des centaines d'hectares d'une eau pleine de promesses, les paysages de haute corrèze sous les yeux, et être seul à les savourer.
A mon sens c'est un luxe sans prix.
Je déguste par petites touches ce bonheur immense.
Les milans noirs sont revenus de leurs pays d'accueils hivernaux.
Le milan royal de Lamirande, lui n'a pas quitté la Corrèze cet hiver. Il passe au-dessus de mon bateau sans crainte.
Je pêche doucement, sans pression, sans contrainte.
Et les poissons jouent le jeu.
Quelques sandres et une superbe perche, qui retrouvent tous leur élément très rapidement.

Je garde des souvenirs plein la tête de cette sortie à quelques kilomètres de chez moi.
Je n'en aurais pas obtenu plus en immergeant mes leurres de l'autre côté de la terre.


Sandre de l'aigle - environ 50 cm - mars 2009

dimanche 11 janvier 2009

Anguille européenne : extinction en vue, merci la France !

Jolie courbe, n'est-ce pas ?
On dirait l'évolution d'un indice bousier en 2008. Malheureusement il ne s'agit pas de cela.
Cette courbe représente l'évolution entre 1960 et 2008 du stock mondial d'anguilles européennes (anguilla anguilla).
Evidement, la ligne noire correspond à un stock réduit à zéro.
Dois-je ajouter que nous ne sommes pas à Jurassique parc, et qu'une espèce éteinte l'est à jamais ?
L'anguille, vous savez, le poisson si courant dans la mémoires de chacun d'entre nous. Ce poisson qui remontait nos fleuves et nos rivières en si grand nombre, qu'on attrapait en quantité, aux nasses, bosselles, à la vermée, à la canne...
Ce poisson si commun qu'on n'imaginait pas pouvoir un jour être témoin de sa disparition.
Et bien cette courbe vous crie que selon toute probabilité nous pourrons dire à nos petits enfants : tu vois cette photo ? C'est une anguille. ; j'en ai pêché des quantités quand j'avais ton âge.
Nous pourrons leur dire cela, et aussi répondre à leur "dis pépé, tu m'emmènes pêcher une anguille ?" que les anguilles, comme les esturgeons, comme les thons rouges, comme l'eau de source exempte de pesticide, il n'y en a plus sur terre.

On pourra également leur expliquer que comme pour le thon rouge et l'eau de source potable, on a élu des dirigeants très intelligents, entourés d'institutions hyperformantes, qui ont su faire la part des choses entre les intérêts économiques à courte vue de quelques pêcheurs professionnels aux muscles saillants, d'industries cotées en bourses, et ceux des habitants de la planète.
Ces espèces n'auront pas disparu pour rien : pendant les quelques dernières années de leur existence sur terre, leur exploitation commerciale a permis de faire encore quelques bénéfices. Toute eau sur terre contient pesticides, Polluants Organiques Persistants (le PCB en est un...), certes. Mais ces saloperies, nous les avons payées, oui payées.
Les actionnaires de BAYER, MONSANTO, SINGENTA, ATOFINA ont certainement salué avec reconnaissance les sages décisions prises par nos sociétés. Je ne parle pas des pêcheurs professionnels, puisque le choix de l'exploitation jusqu'à extinction des espèces dont dépendait leur activité n'a prolongé leur existence que de quelques décennies.

Aujourd'hui nous sommes en 2009.
Pour l'eau douce, à moins d'être d'un optimisme confinant à la béatitude, c'est foutu. FOUTU. On ne peut plus désormais que se battre pour"réduire l'augmentation" des taux de poisons contenus dans ce qui finit dans nos verres.
Ce qui n'empêche pas de se bouger le c... pour arrêter le massacre.
Pour l'anguille et le thon, il en nage encore quelques milliers de tonnes dans nos eaux terrestres, mais la situation est dramatique.

A tel point que l'Union Européenne a sorti un règlement imposant à chaque pays membre d'élaborer avant le 21/12/2008 un plan de gestion de l'anguille, document dont l'objectif est d'assurer "un taux d’échappement vers la mer d’au moins 40 % de labiomasse d’anguilles argentées correspondant à la meilleure estimation possible du taux d’échappement qui aurait été observé si le stock n’avait subi aucune influence anthropique".

Le document français et les mesures, forcément draconiennes qu'il doit contenir s'il veut être crédible a été présenté début décembre aux institutions concernées, dont la Fédération Nationale pour la Pêche en France, organe présidant à la destinée de la pêche "amateur" en France, qui n'est pas particulièrement connu pour sa capacité à jouer le rôle de lanceur d'alertes. Sa vacuité a pourtant tellement scandalisé la FNPF que la fédération a lancé une pétition contre le texte, que vous pouvez signer ici.
Je ne me prononcerai pas sur un document que je n'ai pas lu (d'ailleurs si quelqu'un est en mesure de le communiquer, je suis preneur), et qui n'est pas disponible sur les sites des deux ministères pilotes (écologies & DD + Agriculture (tout est dit...)).

Cependant la position de la FNPF a de quoi donner des sueurs froides.
Reste que le document doit être approuvé avant le premier juillet 2009 par l'Union Européenne (plus précisément par le Comité Scientifique, Technique et Economique de la Pêche).

Alors, dans l'incertitude il me paraît raisonnable de se fier aux expériences passées pour se positionner : faire confiance à la probité, l'intégrité, l'honnêteté, l'impartialité, le sens de l'intérêt général de nos dirigeant et de leurs bras armés que sont les grandes institutions "scientifiques" du pays me semble une position qui relève de la non-assistance à espèce en danger.

alors signez cette pétition, et surtout parlez, faites connaître la situation autour de vous, informez-vous !

...et bonne année, si c'est possible.

vendredi 28 novembre 2008

Une journée sur le Chastang

Ce message figure également sur mon blog dédié à la pêche des carnassiers : http://battles19.blogspot.com/

Jeudi 27 novembre.
Petite sortie de pêche sur la retenue du Chastang avec l'ami Jean-Seb.
Je m'y rends quelque peu à reculons : j'avais jeté mon dévolu sur une autre retenue cette semaine, persuadé que le sandre de nos rêves à tous, celui dont on parlera à ses petits-enfants était à portée de canne du côté des plages profondes de Lanau sur le barrage de l'Aigle.
Mais il faut bien céder aux caprices des gamins !
Le Jean-Seb ne voulais pas démordre d'une prospection du côté de Nougein sur le Chastang (AAPPMA de Marcillac-la-Croisille). Je cédais donc...

8h : remontés à bloc, nous arrivons à la mise à l'eau dans la fraîcheur des petits matins corréziens (-7°C au thermomètre de la voiture).

Je sens mon coéquipier très décidé à me démontrer la justesse de son choix du lieu de pêche.
Décidé, visiblement il l'est puisque je n'ai pas encore commencé à pêcher qu'il touche un joli sandre au shad GT vert translucide.



Ok, ça va, je m'y mets.
Je monte un Eel Assassin rose et vert qui avait décidé deux poissons le week-end dernier, et nous dérivons par 16 à 19m.
Quelques minutes plus tard, sur des échos visibles sur l'écran du sondeur, je ressens une touche très nette à -17m et monte mon premier poisson.


Il sera remis à l'eau mais sans succès, car une dizaines de minutes plus tard il réapparaîtra en surface, vaincu par une décompression fatidique. Nous le récupérons, et après une minute de silence à sa mémoire nous poursuivons notre pêche.

Plus sérieusement la remise à l'eau des poissons touchés par profondeur importante (grosso modo à partir de 15m, mais plusieurs facteurs semblent agir sur le phénomène, l'amplifiant dès -12m ou le réduisant vers -20m) est un réel problème.
Il en va de la responsabilité de chacun de limiter les captures par grandes profondeurs si on souhaite remettre ses prises à l'eau dans de bonnes conditions, et de rendre les poisson à leur élément dans le plus brefs délais.
Par ailleurs, une remise à l'eau "à la hollandaise" semble augmenter le taux de survie.
Il s'agit de faire faire un plongeon au poisson de façon à produire chez lui, lors du choc avec l'élément liquide, un réflexe de fuite vers le fond. Le geste peut paraître choquant, puisqu'on a tendance à penser qu'une remise à l'eau douce, en immergeant délicatement le poisson est moins traumatisante, mais dans la plupart des cas il est salutaire.
Je ferme la parenthèse.

Les poissons sont bien présents sur le poste, par 17 mètres de fond.
J'enregistre plusieurs autres touches, toujours sur le même leurre, et remonte une perche et un autre sandre, tous deux maillés.

Sur un tape nette que je ne ferre pas correctement, je décroche un sandre bien maillé après une dizaine de secondes de remontée.

Malgré la certitude qu'il y a encore des poissons à faire sur le poste, nous décidons de poursuivre la prospection du lac : plus de 30 km de plan d'eau d'une extrémité à l'autre, ça fait quelques postes à pêcher !

De bois noyés en arrivées d'eau, nous sortons quelques poissons : ici une perche, la un brochet, sous un beau soleil de novembre.

Nous profitons de cette superbe journée que l'absence de vent rend très savoureuse.

Après un casse-croûte sur des rochers chauffés par le soleil, la poursuite de la partie de pêche devient secondaire.
Nous nous savons privilégiés, de pouvoir contempler le paysage somptueux qu'offre le Chastang en automne. Avec le sentiment enivrant d'être partie intégrante d'un tableau, nous nous laissons porter par le calme de l'eau , la verticalité des innombrables futs d'arbres secs qui émergent des bordures, le silence apaisant qui baigne les gorges de la Dordogne seulement bousculé de temps à autre par le cri rauque d'un grand corbeau.
Sur le haut d'un rocher à côté de moi, une épreinte délavée par la pluie trahit le passage d'une loutre il y a plusieurs jours.



Un verre de Bordeaux et une goutte de prune plus tard, le bruit des 40cv du moteur du bateau de Jean-Seb tournant à 5600 tours nous ramène à la réalité : il reste du poisson à prendre.
Il est 15h30 et la pêche sera désormais brève.

Nous enregistrons quelques touches, mais aucune prise ne viendra désormais compléter le tableau du jour, qui reste honorable : plusieurs sandres, perches et un brochet, tous maillés, ce qui est inhabituel. Nous ne nous en plaignons pas.






mercredi 12 novembre 2008

Interrogation


J’ai laissé de côté les personnages de mon petit théâtre depuis trop longtemps.

Au point que je porte sur eux un regard neuf, le regard qu’on a pour des étrangers.


Je m’interroge.


Ce qu’Elise est pour Pierre.

Ce qu’elle est pour sa mère.

Ce qu’elle est pour le marchand de journaux dans son kiosque.

Ce qu’elle est pour la rivière qui coule en bas, pour le limaçon sur sa feuille, pour la feuille et pour l’air.

Ce qu’elle est pour elle-même.


Je passe un coup d’éponge sur sa vie, pour voir.

Plus d’Elise.

Et alors ?

Et alors quoi ?


Pierre pleure une heure, y pense avec désespoir une semaine, avec une douce mélancolie un mois, puis Pierre l’oublie. D’abord l’emplacement exact de ce grain de beauté fascinant, puis les traits de son visage, la texture de sa peau. Enfin son prénom.

Sa mère aussi pleure, puis sanglote, puis se souvient seulement. Elle n’oublie pas, elle.

Faute de temps : elle meurt avant d’avoir oublié.

La mort est parfois de ces alliés qui vous permettent de garder la tête haute.


Voilà. Elise n’est plus pour personne.

Est-ce que tout cela valait la peine finalement ?

A quoi bon vivre puisque c’est pour mourir ?


Restent sur l’instant le frisson d’une caresse, la violence d’un baiser, et les vertiges de l’amour.

Reste l’ivresse de la vie.

Restent mes filles.

Et la pêche à la ligne.


La belle affaire !

Colonne de gauche ce pour quoi la vie vaut d’être vécue.

Colonne de droite le reste.

Que celui qui a écrit « réussir sa mort » sorte de la salle.

On n’est pas à Médrano ici. C’est du sérieux. Les clowns c’est dehors !

Mais dehors c’est la vie aussi…


Est-ce que la vie n’est pas aussi digne d’être vécue pour un seul posé parfait d’une mouche artificielle devant une truite d’un ruisseau corrézien que pour la découverte du vaccin de la grippe ?

Une partie de petits chevaux avec sa fille, des châtaignes qu’on fait rôtir sur les braises d’un feu de cheminée, est-ce que cela justifie de vivre ?

Et sinon quoi ?


Il faut bien vivre pour avoir le loisir de s’interroger sur la vanité de son existence.

La vie en soi porte sa propre justification.



mardi 4 novembre 2008

A propos de...


Je ressors des tréfonds de ce blog quelques lignes disparates rédigées en janvier dernier. Il n'y a pas de quoi se relever la nuit, mais j'ai relu ces mots oubliés avec un amusement inquiet, à la lumière des événements de l'année. La mise en perspective a toujours du bon...

A propos de nos politiques et de nos média :

Je fais partie des personnes qui ont une tendance naturelle à penser qu'on a les dirigeants qu'on mérite. Mais l'auto flagellation a ses limites, et aujourd'hui je me demande avec inquiétude si on a réellement mérité la France de 2008.

Et j'ai le souffle coupé par une société où le spectacle et la politique se rejoignent et s'accouplent en public sous les projecteurs de l'ensemble des média, qui n'en croient pas leur yeux d'une telle aubaine. Pourvu que l'hybride ne soit pas fertile !

Il n'est pas loin le temps où le portable aura remplacé la carte d'électeur, où nous voteront par SMS -1euro39 par appel- pour élire par éliminations successives, qui notre maire, qui notre député, qui notre président.

Après la Star'Ac, la Ministr'Ac : consommateurs de toutes régions, formez vous-même votre gouvernement en regardant TF1.

Du pain et des jeux, on ne change pas une méthode qui gagne.

Je n'ai jamais été très bon public des navets cinématographiques de grande diffusion, mais va au cinéma qui veut y aller, et ces chefs d'oeuvre ne m'ont jamais bien longtemps incommodé la pupille. Aujourd'hui la comédie a non seulement très mauvais goût, mais elle est loin d'être finie et je ne peux pas quitter la séance. La moitié de la salle se marre, certes et le ciné explose son bénéfice annuel, mais il y a une vie après la séance. Et je sais que quand les lumières se rallumeront, le retour à la réalité sera douloureux.

A propos d'environnement :

"Le Grenelle de quoi déjà ?" Nicolas S.

Je nous crois entourés de sentinelles. De personnes dont la sensibilité est plus développée que la moyenne. Peut-être simplement de personnes qui savent ouvrir les yeux et voir, tendre l'oreille et entendre, au-delà du flot d'images permanent et du bruit de fond assourdissant qui constituent notre environnement, les maux et les mots de la terre.

Parmi ces sentinelles, certaines sont très conscientes de l'importance de ce qu'elle perçoivent. D'autres sont peut-être effrayées du poids du fardeau de cette connaissance.
Alors elles crient, par-dessus les décibels ambiants des publicités pour les voitures écologiques ou des slogans politiques sponsorisés, elles crient l'issue tragique de la course en avant à laquelle nous participons.
Ces sentinelles prédisent une issue fatale à notre société mondiale guidée aux seuls repères économiques du "toujours plus", instigatrice du "je consomme donc je suis", prêtresse des dieux marchés, croissance, argent.
Comme de coutume en pareil cas, personne de les écoute.

L'humanité ne réagira, contrainte et forcée, que lorsque la tranquillité et l'insouciance du bon citoyen européen ou américain, de l'électeur devrais-je écrire, sera touchée. Lorsque les marchés, qui font tourner le monde à leur guise, subiront revers sur revers avant de s'effondrer

En attendant, profitons, consommons : c'est toujours ça que d'autres n'auront pas. Toujours ça que nos enfants n'auront pas. Restons humain.

A propos de changements :

L'homme veut changer le monde, s'il y a une posture politique internationale adoptée par tous les partis c'est probablement celle-ci.
Changer le monde, c'est toucher le reste du monde sauf moi, bouleverser l'autre, ce qui m'est étranger.
Voila une idée consensuelle, mais un tantinet schizophrénique : le "oui mais pas chez moi" planétaire.

Changer le monde, c'est évidement plus vendeur, question bulletins de vote, que changer l'homme, électeur en l'occurrence.
Nos gouvernants n'oublient pas ce sacro-saint principe : on ne multiplie pas les bulletins de vote en remettant en cause le home cinéma et la bagnole de ses électeurs.
Changer le monde, l'homme parvient déjà très bien...pour sa perte.
Changer l'homme, l'idée germerait logiquement dans un esprit qui analyserait honnêtement sinon objectivement la situation.
Le fait est que les précédents monstrueux que le XXème siécle nous a fourni rendent prudent à ce propos. Nazisme ou stalinisme et leurs dizaines de millions de victimes condamnent le "changer l'homme" à rester dans sa boîte pour l'instant. Et pourtant...

dimanche 2 novembre 2008

Photographies

Beaux amphibiens

[cliquer sur les photos pour les agrandir]

Salamandre tachetée (Salamandra salamandra), Corrèze.
Les salamandres sont nombreuses dans les sous-bois qui bordent mon terrain.
Autour de la maison, on les rencontre, surtout la nuit, lorsque le temps est humide.

Ce spécimen de grande taille (près de 20cm) a élu domicile dans le muret en pierre qui borde ma terrasse.
Quel âge a-t-elle ? Il paraît que la salamandre peut vivre plusieurs dizaines d'années.

Les variations de robe sont très importantes chez cette espèce. L'individu photographié présente une dominante de jaune alors que le plus souvent la robe est plus noire que jaune.

On voit bien sur le second cliché les grosses glandes parotoïdes qui parsèment la peau de l'animal. Elles sécrètent une substance toxique qui protège la salamandre des prédateurs.

Mais pas de crainte à avoir pour vos doigts : ma fille de deux ans l'a "caressée" sans problèmes.
Eviter quand-même de se lécher les doigts après l'avoir touchée...et dans l'intérêt de ces animaux fragiles, éviter de les manipuler.





Crapaud commun (Bufo bufo), Corrèze.
Celui-ci préfère les marches en pierre qui mènent au jardin.

Evidemment la robe est moins élégante que chez la salamandre. Mais cela justifie-t-il d'en avoir fait le mal aimé du jardin ?
J'ai beaucoup de sympathie pour cet animal ; quand on le qualifie de laid et visqueux, je lui trouve un air bonhomme et des yeux de braise et d'or.

[Canon EOS 350D - objectif Sigma EX 180 mm / 3,5]

vendredi 11 janvier 2008

Photographie

[cliquer sur la photo pour l'agrandir]
-
"Pieds de fauteuil"
-
[Canon EOS 300D - objectif Canon 18-55mm à 37 mm - env 1/5 s F5]

Le grenelle de la prestidigitation


Je n'ai pas encore trouvé quelles bonnes résolutions je pourrais prendre en 2008.

Peut-être devrais-je tenter d'être un peu moins pessimiste, mais là il y a du boulot.
Alors pour reprendre du poil de la bête et voir la vie en rose, ou plutôt en vert, je suis allé sur le site du grenelle de l'environnement [http://www.legrenelle-environnement.fr/], histoire de vérifier quelle date butoir avait été courageusement arrêtée pour diviser par trois la consommation nationale de pesticides, ou quelles mesures draconiennes étaient prises pour enrayer la pollution générale et massive des eaux aux engrais minéraux, ou encore pour savoir à quelle date le coût environnemental remplacera l'étiquette du prix sur les produits de supermarché.

Il faut dire que j'avais un peu de retard, question information sur la démarche historique engagée par notre gouvernement, vu que j'avais honteusement raté la réunion de concertation régionale organisée à grand renfort de publicité en octobre dernier, et tout ça pour une bêtise : la réunion régionale du Limousin (c'est ma région à moi) n'a jamais eu lieu.

Oui, je sais je suis mauvais coucheur : je n'avais qu'à habiter à Paris, ou à Toulouse !

Bref je me rends sur le site du ministère de l'écologie et du DD que le monde entier nous envie pour me remonter le moral à bloc.
Quels résultats !

Le grenelle de l'environnement, c'est :
Six mois de travail acharné de 6 groupes de travail, 2 intergroupes, des centaines de participants issus de l'Etat, des collectivités locales des associations de tout crin, ONG.
Des consultations du public, via forums et réunions régionales, afin que chacun puisse s'investir dans cette démarche.
Des débats et réflexions, débouchant sur les propositions concrètes, pour enfin faire bouger les choses dans ce pays en matière d'environnement.
Et enfin des restitutions de ces travaux, par un ministre permanenté et un président aux verres fumés.

Je retiens les deux mesures phare que cette débauche d'énergie a générées : le "bonus écologique" appliqué aux ventes de véhicules, qui favorise l'achat de petites cylindrées, et la suspension de la culture et de la commercialisation du maïs très légèrement transgénique Monsanto 810...pendant l'hiver.
Ca c'est du brutal comme dirait l'autre. Si un cabinet d'audit s'avise de noter l'efficacité de la démarche ou d'estimer le rendement d'une telle opération, ça risque de saigner à Matignon.

Quoique tout dépend de ce qu'on juge. L'efficacité et le rendement sont proches de zéro du point de vue environnemental, mais par contre, côté spectacle publicitaire, là, on a eu droit à une prestation de haute volée !

Bien sûr qu'une petite voiture vaut mieux qu'une grosse, question énergie, mais si cette réponse est la seule qu'on soit capable d'imposer au problèmes des transports en France, il y a des cheveux blancs à se faire...

Evidemment que c'est bien de suspendre le recours à un produit dont l'utilisation est susceptible d'avoir des conséquences irréversibles sur l'environnement. Mais ça serait encore mieux si cette suspension était prononcée à une période où le produit risque d'être utilisé. Autrement ça s'appelle du foutage de gueule...

Enfin, notre Bové national est en grève de la faim pour que le maïs 810 soit durablement écarté de nos champs, et la "clause de sauvegarde" permettant d'interdire ce genre de produit sera vraisemblablement invoquée prochainement.

Mais tout de même : tout ça pour ça... c'est à pleurer.

Les prestidigitateurs qui nous gouvernent tournent à plein régime, mais je préfèrais de loin Garcimore, il était moins dangereux, et lui me faisait sourire.
Pour me remonter le moral en ce début d'année, il va me falloir trouver plus fort que le site de Super Borloo. Les infos de TF1, côté international, ça devrait me donner un bon coup de fouet !



dimanche 6 janvier 2008

Happiness No kill


C'est l'usage en ces temps de janvier...

Je vous souhaite tout le bonheur du monde.

Le bonheur, il est comme ce sandre de Marcillac, il a besoin d'être libre pour s'épanouir et faire des petits. Alors, si vous avez la chance de l'attraper en 2008, ne le gardez pas pour vous, relâchez-le.

samedi 5 janvier 2008

A propos de...


Je ressors des tréfonds de ce blog quelques lignes disparates rédigées en janvier dernier. iI n'y a pas de quoi se relever la nuit, mais j'ai relu ces mots oubliés avec un amusement inquiet, à la lumière des événements de l'année. La mise en perspective a toujours du bon...


A propos de nos politiques et de nos média :

Je fais partie des personnes qui ont une tendance naturelle à penser qu'on a les dirigeants qu'on mérite. Mais l'auto flagellation a ses limites, et aujourd'hui je me demande avec inquiétude si on a réellement mérité la France de 2008.

Et j'ai le souffle coupé par une société où le spectacle et la politique se rejoignent et s'accouplent en public sous les projecteurs de l'ensemble des média, qui n'en croient pas leur yeux d'une telle aubaine. Pourvu que l'hybride ne soit pas fertile !

Il n'est pas loin le temps où le portable aura remplacé la carte d'électeur, où nous voteront par SMS -1euro39 par appel- pour élire par éliminations successives, qui notre maire, qui notre député, qui notre président.

Après la Star'Ac, la Ministr'Ac : consommateurs de toutes régions, formez vous-même votre gouvernement en regardant TF1.

Du pain et des jeux, on ne change pas une méthode qui gagne.

Je n'ai jamais été très bon public des navets cinématographiques de grande diffusion, mais va au cinéma qui veut y aller, et ces chefs d'oeuvre ne m'ont jamais bien longtemps incommodé la pupille. Aujourd'hui la comédie a non seulement très mauvais goût, mais elle est loin d'être finie et je ne peux pas quitter la séance. La moitié de la salle se marre, certes et le ciné explose son bénéfice annuel, mais il y a une vie après la séance. Et je sais que quand les lumières se rallumeront, le retour à la réalité sera douloureux.

A propos d'environnement :

"Le Grenelle de quoi déjà ?" Nicolas S.

Je nous crois entourés de sentinelles. De personnes dont la sensibilité est plus développée que la moyenne. Peut-être simplement de personnes qui savent ouvrir les yeux et voir, tendre l'oreille et entendre, au-delà du flot d'images permanent et du bruit de fond assourdissant qui constituent notre environnement, les maux et les mots de la terre.

Parmi ces sentinelles, certaines sont très conscientes de l'importance de ce qu'elle perçoivent. D'autres sont peut-être effrayées du poids du fardeau de cette connaissance.
Alors elles crient, par-dessus les décibels ambiants des publicités pour les voitures écologiques ou des slogans politiques sponsorisés, elles crient l'issue tragique de la course en avant à laquelle nous participons.
Ces sentinelles prédisent une issue fatale à notre société mondiale guidée aux seuls repères économiques du "toujours plus", instigatrice du "je consomme donc je suis", prêtresse des dieux marchés, croissance, argent.
Comme de coutume en pareil cas, personne de les écoute.

L'humanité ne réagira, contrainte et forcée, que lorsque la tranquillité et l'insouciance du bon citoyen européen ou américain, de l'électeur devrais-je écrire, sera touchée. Lorsque les marchés, qui font tourner le monde à leur guise, subiront revers sur revers avant de s'effondrer

En attendant, profitons, consommons : c'est toujours ça que d'autres n'auront pas. Toujours ça que nos enfants n'auront pas. Restons humain.


L'homme veut changer le monde, s'il y a une posture politique internationale adoptée par tous les partis c'est probablement celle-ci.
Changer le monde, c'est toucher le reste du monde sauf moi, bouleverser l'autre, ce qui m'est étranger.
Voila une idée consensuelle, mais un tantinet schizophrénique : le "oui mais pas chez moi" planétaire.

Changer le monde, c'est évidement plus vendeur, question bulletins de vote, que changer l'homme, électeur en l'occurrence.
Nos gouvernants n'oublient pas ce sacro-saint principe : on ne multiplie pas les bulletins de vote en remettant en cause le home cinéma et la bagnole de ses électeurs.
Changer le monde, l'homme parvient déjà très bien...pour sa perte.
Changer l'homme, l'idée germerait logiquement dans un esprit qui analyserait honnêtement sinon objectivement la situation.
Le fait est que les précédents monstrueux que le XXème siécle nous a fourni rendent prudent à ce propos. Nazisme ou stalinisme et leurs dizaines de millions de victimes condamnent le "changer l'homme" à rester dans sa boîte pour l'instant. Et pourtant...

mercredi 26 décembre 2007

Chapitre VI

L'été brûlait les champs de luzerne, desséchait les maïs et transformait les mares des cours de ferme en vagues flaques boueuses où s'asphyxiaient doucement les carpes et pataugeaient avec délices canards et oies.
De mémoire de paysan on n'avait pas connu pareille sécheresse depuis des lustres.
Il faut dire qu'en matière de temps qu'il fait, le paysan a une certaine propension à affirmer vivre en permanence dans l'exception climatique. Qu'il fasse soleil ou qu'il pleuve, on passe sans hésitation du Sahel à nos portes au déluge immémorial.
Ça le ne choque pas le berrichon. C'est son excentricité à lui. Sa façon de conjurer les coups du sort. C'est qu'il est superstitieux aussi, du moins il faut le croire.
On le sait, et on lui pardonne volontiers. On n' a pas tant d'occupations que ça, hormis la terre, entre Cher et Loire.
Et puis le temps dont je vous parle, c'était proche des temps primitifs, des hommes de Cro-Mâgnon et des dinosaures. Les lois de l'évolution audiovisuelle n'avaient pas encore donné naissance à la télé-réalité, et il fallait bien s'occuper.
Regarder le ciel et s'inquiéter, c'était un passe-temps, pas pire qu'un autre.
Et comme occupation, une fois qu'il avait levé les yeux au ciel et bien constaté qu'il était vide, notre homme en trouvait une autre. Vitale. Comme un instinct de survie, une stratégie soufflée par son cerveau reptilien : la lutte contre la déshydratation.
Question lutteurs en la matière, nos campagnes en offraient des régiments, et des gaillards, pas fainéants pour deux sous, je vous prie de le croire.
Il faut bien avouer que cet été là il faisait quand même particulièrement chaud.
Comme une seul homme, les troupes se retrouvaient alors, sur le coup des onze heures, dans la salle du Café des Sportifs, à s'hydrater les muqueuses, à s'encourager, et en remettre quelques tournées pour être bien sûr, pour le cas où...
On ne plaisantait pas à l'époque, en terme de prévention.
-Eh 'Guste, t'as pas honte de servir une horreur pareille à tes amis ! Il est venté ton pinard. Tiens Pierrot, goûte voir et dis-y toi que c'est du pissât d'âne son vin.
-Alors Louis, t'as des goûts de luxe maintenant que t'es citadin ?
Regardez-moi ça : six mois en ville, et voila qu'il lui faut du vin cacheté à monsieur.
Louis Pinault était un pays, comme on disait pour désigner quelqu'un né au village, mais il avait déménagé et travaillait à la gare de Bourges, comme agent de maintenance des voies.
-Il a pas tout à fait tort, c'est vrai qu'il a un drôle de goût ce vin.
-Allons bon, tu vas pas t'y mettre toi aussi !
Auguste se servit un large verre du breuvage incriminé, en prit une gorgée avec laquelle il se gargarisa consciencieusement, le sourcil levé et avec un air de réflexion intense.
Il posa alors son verre sur le lourd plateau de chêne de la table autour de laquelle Pierrot, Emile, Napoléon et Louis avaient pris place.
Il fixa un à un les membres de son auditoire attentif et d'un air supérieur lâcha sa sentence.
-Il est puissant !
Nul ne broncha.
-Il a du corps.
Effectivement, il a peut-être un léger arrière-goût, mais c'est son caractère qui veut ça.
-Et ben mon caractère à moi il refuse d'avaler ça.
-Bon, 'faut pas rester sur une mauvaise impression. Va donc nous chercher quelque chose de plus lusqueux - Louis avait du mal à prononcer les "x".

Quand Auguste émergea de la cave quelques minutes plus tard, la bouteille de blanc était vide et les verres soigneusement torchés.
-On n 'allait quand même pas gâcher.
Deux nouvelles bouteilles pleines de promesses furent posées sur la table, et le soleil fit danser sur le bois les reflets dorés du vin lorsque les verres qu'on s'était empressé de remplir à nouveau furent levés à la santé du patron, de l'été, de l'amitié et du bonheur d'être sur terre.
-Y'a du mieux.
-Y'a du bon tu veux dire !
Il est fameux çui-là déclara auguste, tout attendri par le contenu de son verre. Dire qu'il a attendu des années dans le noir qu'on vienne le chercher. Et il ne nous en veut pas d'avoir tant tardé, au contraire. Brave bouteille, va.
-Pierrot, tantôt nous irons à la ville, je dois te présenter à un ami.
.
.
Le magasin s'appelait "La boîte à pêche".
La peinture de son enseigne était écaillée et l'encadrement de bois de la vitrine aurait bien eu besoin d'un coup de vernis.
Mais le présentoir regorgeait de bouchons multicolores en liège, flotteurs en balsa, plumes en piquant de porc-épic et leurres métalliques en tous genres.
Pierre n'avait jamais pénétré dans un tel magasin. Il était souvent passé devant la vitrine abondamment garnie d'une boutique semblable en bord de Seine sur l'île de la Cité. Il avait également traversé le rayon "pêche" de la Samaritaine mais n'avait jamais levé les yeux sur le matériel qui y était exposé.
-Comment vas-tu vieux braconnier ?
Le patron de l'établissement, qui trônait sur un tabouret de bar derrière son comptoir, se livrait à une activité mystérieuse, penché sur un étau minuscule et entouré de plumes, poils, fils de soie et de coton.
Il leva les yeux, dévisagea Pierre au travers de ses lunettes rondes cerclées de métal.
Cet homme d'une cinquantaine d'années, bedonnant mais à la forte carrure avait le regard vif et franc. Il sourit, posa sur le comptoir la pince à épiler qu'il tenait en main, se leva et vint abattre ses mains sur les épaules d'Auguste.
-Tu t'es donc décidé à sortir de ta campagne. Il faut que tu aies un besoin sérieux. Comment va ta santé ?
-Lui c'est Pierrot, un petit gars de Paris qui vient travailler un temps à la Tournelle.
-Quoi de neuf au marais ?
-Lui justement. On vient pour l'équiper. Etant donné qu'il va passer deux mois à la maison et que je compte l'emmener au bord de l'eau, il lui faut du matériel.
Olivier -le patron- était repassé derrière son comptoir et versait du café dans des tasses.
-Toujours pas de sucre.
-Merci
-P'tit gars, un sucre ?
Pierrot s'était avancé vers le fond du magasin et observait les dizaines de cannes à pêche en fibre de verre ou en bambou dressées sur les présentoirs, les étagères garnies de moulinets, et surtout, les têtes de poissons naturalisées accrochées aux murs à hauteur du regard.
-Pierrot tu veux un café ?
Perdu dans la contemplation de ces trophées dont la taille le stupéfiait, il sursauta, se retourna vivement pour répondre et heurta violemment la mâchoire d'un grand bec au rictus menaçant.
-bienvenu au club fiston. T'inquiète pas, c'est solide.
-Il est énorme. C'est vous qui l'avez pris ?
Olivier prit un air sévère et regarda gravement le jeune homme, du haut de son mètre quatre-vint dix.
-Mon petit Pierrot, comme tu es de la capitale, tu n'es peut-être pas au courant des règles élémentaires de courtoisie qui s'appliquent ici. Je vais donc te les faire connaître :
Primo si tu me vouvoies encore une fois tu prends la porte. Secundo, quand on te demande si tu veux un café tu réponds"oui". Tu peux également dire "oui grand maître" quand tu t'adresses à moi.
Auguste s'esclaffa.
- Si tu lui dis "oui petit trou du cul" il comprendra très bien aussi !
S'ensuivit entre les deux hommes une série de coups de poings et de claques dans le dos bruyants et amicaux.
-Je prends un sucre Olivier. C'est toi qui l'a attrapé ?
Pierrot contemplait la gueule immense du brochet naturalisé. Il aurait pu y engouffrer ses deux poings.
-Il pesait 29 livres et mesurait un mètre 28. Tiens. Attention c'est chaud.
Olivier alluma une cigarette et poursuivit.
-Je l'ai pris dans le lac de Goules.
Auguste feuilletait le dernier numéro de "La pêche et les poissons" trouvé derrière le comptoir.
-Imagine un grand lac noyé dans la brume du petit matin. J'étais en bateau avec un ami.
Imagine, à cinquante mètres, une berge que tu ne peux pas encore voir, et là devant toi, une forêt. Un squelette de forêt. Les fûts des grands arbres qui dominaient le vallon avant que le barrage ne soit mis en eau. Et leurs cimes décharnées émergent, grises et fantomatiques.
L'eau est plus lisse qu'un miroir, l'atmosphère cotonneuse étouffe tous les sons.
Tout semble mort, déserté pas la vie.
Et pourtant, près de la barque, sous plusieurs mètres d'eau, un grand poisson, immobile, tronc parmi les troncs, attend. Il guette.
Et tout à coup il frémit. ses grandes nageoires se tendent et tout son corps se redresse vers la surface. Il a entendu l'impact de la cuiller. Il la sent descendre vers lui. Elle pénètre son domaine.
Alors, lorsque les reflets métalliques de l'intrus frappent sa rétine, le seigneur des lieux se détend brusquement. D'un unique coup de queue il fond sur l'effrontée qui ose venir le provoquer.
Nous étions en septembre, il était neuf heures et le soleil commençait à percer le brouillard.
J'avais lancé mon leurre -une grosse cuiller ondulante argentée avec un oeil rouge et noir- près d'un tronc qui crevait la surface à quelques mètres de la barque. Je gardais le fil à la main et le sentais glisser entre mes doigts, tiré par le piège de métal qui s'enfonçait dans les profondeurs.
Et tout à coup la descente s'est arrêtée. bien au-dessus du fond. Quelque chose avait stoppé la course de la cuiller là où rien ne devait le faire.
Rien sauf lui.
J'ai ferré.
Alors le piège s'est refermé dans la gueule du grand poisson. Il a senti la brûlure de l'hameçon lorsque les pointes acérées ont pénétré ses chairs.
Olivier regardait la tête du poisson accrochée au mur, avec une tendresse infinie, comme s'il sentait au fond de lui-même que le respect qu'il éprouvait pour ce bel animal aurait du le dissuader de lui ôter la vie.
Il écrasa sa cigarette dans un cendrier posé sur le comptoir.
-Il a commis une grave erreur, qui lui fut fatale. Au lieu de plonger au coeur de la forêt immergée, au lieu de passer entre les troncs d'où aucun fil aussi résistant soit-il n'aurait pu l'extraire, il a foncé vers le large, vers la plein eau et sa perte.
La violence du démarrage avait été telle que ma canne s'était retrouvée plaquée contre le tronc auquel nous avions amarré la barque.
Mon amis détacha aussitôt l'amarre et prit les rames afin de suivre le poisson, mais la pression de la canne contre le tronc l'empêchait de dégager l'embarcation.
Le moulinet hurlait en dévidant le fil à une vitesse folle.
Pendant quelques secondes je crus que la canne allait exploser, puis la barque commença à tourner autour du tronc et la pression diminua.
Lorsqu'elle l'eut contourné, le brochet était à plus de 40 mètres, mais je savais qu'il était perdu.
Dix minutes plus tard sa gueule claquait rageusement au fond du bateau.
-Il doit falloir du fil incassable pour sortir un tel monstre.
Auguste venait de rejoindre les deux hommes au fond du magasin.
-T'emballe pas Pierrot. Des poissons comme lui on en rencontre peu dans une vie de pêcheur. L'important c'est d'être prêt le jour où ça arrive. En attendant, commence par apprendre les bases. Le mieux pour débuter c'est la pêche au coup.
Tiens, cette canne ira très bien. Est-ce-qu'elle te plaît ?

dimanche 18 novembre 2007

Photographie

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12 novembre 2007, l'automne joue les peintres sur les flancs de la retenue de barrage du Chastang. Bouleaux, hêtres et chênes s'illuminent brièvement.
Le spectacle est à savourer sans attendre, car bientôt le gel et les coups de vent accorderont toute la forêt de feuillus au gris hivernal des écorces.


[ Canon EOS 350D, obj Canon standard 18-55 /f3,5-5,6 à 55mm, 1/160s - F 5,6]

Chapitre V


- Emile, tiens donc la baraque un instant.
Auguste rejoignit Pierrot à l'étage. Le précéda dans le couloir qui distribuait les trois pièces du niveau, et ouvrit la porte d'une chambre qui révéla dans la pénombre, entre le grincement des lames du parquets et une odeur de poussière et de champignon, un lit à rouleau et une armoire en noyer.
Le vieil homme ouvrit la fenêtre et repoussa les deux volets.
Pierrot dépose son sac sur le lit et ôta sa veste.
-Tu ne t'es pas perdu en route ?
-Non, les indications que m'avait données Nane étaient précises.
- Allez viens, il est l'heure de manger un morceau.
Quelques instants plus tard, les deux hommes se faisaient face autour d'une table. Auguste découpait consciencieusement des tranches dans un jambon cru.
- C'est un coin perdu ici. on ne vois pas souvent du monde. La ville est à trente kilomètres, et au village il n'y a pas beaucoup de distractions.
-Oui, c'est pour cela que je suis venu.

Le lendemain, Pierrot se leva à l'aube.
Le fermier de la Tournelle lui avait annoncé qu'il pourrait commencer à travailler au début de la semaine suivante. Il prit son café avec Auguste qui déjeunait déjà dans la grande salle.
-Déjà debout... Hum, profite des deux jours qui viennent pour prendre des forces, parce que châtrer les maïs, c'est pas vraiment de tout repos. Le soir tu seras bien heureux de trouver un bon lit.
Dis-moi, tu aimes la pêche ?
-Ma foi, je n'y suis pas allé souvent. A Paris, on n'en a guère l'occasion.
-Et bien ici tu vas en avoir une belle.
Auguste posa son bol vide sur la table, s'essuya les lèvres d'un revers de manche et se leva.
Il fait jour. Viens, je vais te présenter le marais.

Diane, la chienne d'auguste, de pure race selon son maître, encore que la race en question restait indéterminée, faisait d'incessants allers retours sur le chemin, devançant son maître d'une cinquantaine de mètres, s'arrêtant, revenant pour s'éloigner de nouveau.
-Je l'aime ce marais. Plus que tout. Si un jour je devais partir d'ici, je crois que j'en crèverais.
-Je connais des personnes qui disent la même chose à propos de Paris.
En fait, chacun à ses petites habitudes et rechigne à en changer.
-Et toi, tu tiens à Paris ?
Diane partit au galop en aboyant à la poursuite d'un lapin qui plongea dans une haie.
-Ce n'est pas à un lieu que je suis attaché...
-Ici c'est un bon coin de pêche. On ne le voit pas, mais il y a un trou, l'eau est plus profonde et les poissons aiment s'y tenir.
-Vous pêchez souvent ?
-Je suis né ici, j'y ai vécu toute ma vie et je connais ce marais aussi bien que mon moulin. Quand j'avais huit ans, j'attrapais des écrevisses dans les rigoles à côté. A dix ans j'avais ma propre canne, et j'ai pris mon premier brochet avec mon père devant cet arbre là, j'avais onze ans, et j'ai rarement été aussi fier que ce jour là. Je crois bien que lui aussi était fier de moi.
-Regarde près des roseaux en face.
Auguste pointa un index vers l'autre côté de la rivière.
-C'est une couleuvre à collier.
-Je ne pensais pas que les serpents pouvaient nager.
-Les couleuvres nagent très bien. elles peuvent même plonger sous l'eau.
Le reptile traversait le cours d'eau et se rapprochait des deux hommes.
-Elle ne nous a pas vu.
-Ce n'est pas dangereux ?
-Non, elle n'est pas venimeuse. tu n'as rien à craindre. Contrairement aux grenouilles, aux mulots et aux petits poissons.
L'air était frais, le soleil montait doucement sur les champs qui bordaient le marais.
-Quel silence. Cette nuit j'ai eu du mal à m'endormir tellement le silence était fort. A Paris, il y a toujours des bruits qui nous rappellent qu'on est en ville. Qu'on est en vie aussi.
Auguste s'était assis sur une souche allongée au bord du chemin. Il sortit du tabac et du papier. Avec agilité, ses doigts roulèrent la cigarette.
Diane émergea de la haie, le pelage trempé de la rosée du matin.
Elle vint quémander des caresses auprès de son maître et s'assit à ses pieds, la tête posés sur ses genoux.
-Cette chienne...à l'automne elle n'a pas son pareil pour rapporter le gibier.
Pierrot s'assit et alluma une cigarette à la suite d'Auguste.
Les deux hommes restèrent immobiles et silencieux, enveloppés du calme du matin.

-Tu vois, ça n'est pas difficile.
Emile attrapa au vol le poisson qu'il venait de sortir de l'eau.
-C'est un gardon. regarde ses yeux orange vif. Il se demande bien ce qui lui arrive.
-Tu as une touche, ferre !
Pierrot qui observait la prise d'Emile n'avait pas remarqué le plongeon de son bouchon. Surpris, il releva la canne trop brusquement. La ligne s'éleva dans les airs et s'enroula autour du scion de la canne en un enchevêtrement inextricable de nylon, ponctué par un juron retentissant.
-Merde ! C'est pas possible !
Auguste, bonhomme, retint un sourire et s'empara de la canne.
-Tu as ferré trop fort mon gars. Il faut de la souplesse et un bon dosage du coup de poignet.
Avec une dextérité qui laissa Pierrot pantois, il démêla la ligne et accrocha un nouveau grain de blé à l'hameçon.
-Eh dis-donc gamin, il faut bien que l'expérience serve à quelque chose. Si tu pêchais aussi bien que nous qui avons passé des milliers d'heures au bord de l'eau, qu'est-ce que nous aurions à t'apprendre, tu peux me le dire ? On ne serait alors que deux vieux cons tout juste bons pour la casse, alors que là, on a quand même encore quelques bricoles à t'enseigner.

vendredi 16 novembre 2007

Photographie panoramique

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La Dordogne à Argentat (Corrèze).
Ici la rivière vient de s'extraire du dernier barrage de la succession de grandes retenues Cantal-Corrèze qui débute avec l'immense Bort-Les-Orgues et s'achève avec Le Sablier, 1 km en amont de l'endroit où cette photo est prise.
Elle entame le parcours d'une trentaine de kilomètres qui en a fait un haut-lieu de la pêche de l'ombre à la mouche fouettée.
Si vous voulez en profiter en 2007, hâtez-vous car sa pêche ferme ce dimanche !
Si les niveaux d'eau sont corrects, les courants avals à ce pont seront parsemés ce week-end de novembre de moucheurs.
En waders, l'eau à mi-cuisses, ces passionnés braveront les températures hivernales (il faisait -7°C ce matin en haute Corrèze) pour profiter, entre 13 et 14h, des gobages des ombres sur les ignitas à la dérive qui constelleront les courants...
Ces poissons seront bien difficiles à toucher en mouche sèche. C'est à cette époque que leur capture est la plus passionnante : affutés par six mois de pêche intensive sur ce parcours où la remise à l'eau est obligatoire, ils ont l'oeil en cette fin de saison, et ne se laissent pas berner par qui veut. Long bas de ligne en 10 centièmes et petit modèle d'éphémère en dérive parfaite sont la plupart du temps de rigueur pour que le porte-étendard vienne crever la surface et s'emparer de la mouche.


[ Canon EOS 300D, obj Canon standard 18-55 /f3,5-5,6 à environ 32mm, assemblage de sept photographies]

mercredi 14 novembre 2007

Voyage au bout de la nuit

Voyage au bout de la nuit - Louis Ferdinand CELINE - 1932

Si je devais brûler ma bibliothèque et ne conserver qu'un seul livre, ça serait ce roman là.

Entre deux guerres mondiales, Ferdinand Bardamu, l'Alter Ego de Céline sur le papier, s'en va patauger dans les tréfonds de l'âme humaine.
Il raconte, à la première personne, dans un langage parlé et familier, ses absences d'illusions.
Il expérimente, bon ou mal gré, les grands chapitres de l'Histoire humaine de la première moitié du XXème siècle.
Il les vit, les subit, en homme sans idéal, sans grandeur, sans prétention, encore moins d'héroïsme. S'il est bien un anti-héros, le voici.
Un lâche qui s'assume.

Mais un lâche à la vie mouvementée : acteur et témoin, successivement de la première guerre mondiale, du colonialisme, de l'esclavagisme, du rêve déçu américain, du taylorisme, bref du capitalisme, de la misère économique, sociale et médicale (Bardamu est médecin) de la France des banlieues d'avant l'heure.

Depuis le front en 1914 puis à l'arrière, il raconte l'incommensurable imbécillité des va-t'en-guerre, son incompréhension du patriotisme, sa volonté de simplement sauver sa peau.

"Quand le moment du monde à l'envers est venu et que c'est être fou que de
demander pourquoi on vous assassine, il devient évident qu'on passe pour fou à
peu de frais. "

"Quand on a pu s'échapper vivant d'un abattoir international en folie, c'est tout de même une référence sous le rapport du tact et de la discrétion. "

Il dit sa peur de mourir. Mourir à la guerre, mourir de maladie, de pauvreté, d'exploitation ou pour un idéal :

"La vie est bien trop courte. On ne voudrait être injuste avec personne. On a des scrupules, on hésite à juger tout ça d'un coup et on a peur surtout d'avoir à mourir pendant qu'on hésite, parce qu'alors on serait venu sur la terre pour rien du tout. Le pire des pires. "

"C'est peut-être ça qu'on cherche à travers la vie, rien que cela, le plus grand chagrin possible pour devenir soi-même avant de mourir. "

"[...]je commençais cependant, d'autre part, à me demander s'il existait quelque part, des gens vraiment lâches...On dirait qu'on peut toujours trouver pour n'importe quel homme une sorte de chose pour laquelle il est prêt à mourir et tout de suite et bien content encore. Seulement l'occasion ne se présente pas toujours de mourir joliment, l'occasion qui lui plairait.
Alors il s'en va mourir comme il peut, quelque part...Il reste là l'homme sur la terre avec l'air d'un couillon en plus et d'un lâche pour tout le monde, pas convaincu seulement, voila tout. C'est seulement en apparence la lâcheté. "

"Etre vieux, c'est ne plus trouver de rôle ardent à jouer, c'est tomber dans cette insipide relâche où on n'attend plus que la mort."

Il dénonce colonialisme, capitalisme :

"Les indigènes, eux, ne fonctionnent guère en somme qu'à coups de trique, ils gardent cette dignité, tandis que les blancs, perfectionnés par l'instruction publique, ils marchent tout seuls."

"Cette répulsion instinctive qu'inspirent les commerçants à ceux qui les approchent et qui savent, est une des très rares consolations qu'éprouvent d'être aussi miteux qu'ils le sont ceux qui ne vendent rien à personne."

Et dans l'usine Ford de Détroit : " Nous n'avons pas besoin d'imaginatifs dans notre usine. C'est de chimpanzés dont nous avons besoin...Un conseil encore. ne nous parlez plus jamais de votre intelligence ! On pensera pour vous mon ami ! Tenez-vous-le pour dit."

Et parmi les monceaux d'immondices soulevés par ce Ferdinand là, apparaissent par moments, en contrepoints des ténèbres qui baignent cette vision de l'humanité, des lueurs, précieuses mais fragiles. On croirait presque qu'elles lui échappent et surnagent dans le texte malgré lui. Alors on s'y accroche, comme il a dû le faire pour ne pas sombrer.

"[...] il tutoyait les anges ce garçon, et il n'avait l'air de rien. Il avait offert sans presque s'en douter à une petite fille vaguement parente des années de torture, d'annihilement de sa pauvre vie dans cette monotonie torride, sans conditions, sans marchandage, sans intérêt que celui de son bon coeur. Il offrait à cette petite fille lointaine assez de tendresse pour refaire un monde entier et cela ne se voyait pas.

Il s'endormit d'un coup, à la lueur de la bougie. Je finis par me relever pour bien regarder ses traits à la lumière. Il dormait comme tout le monde. Il avait l'air bien ordinaire. Ça serait pourtant pas si bête s'il y avait quelque chose pour distinguer les bons des méchants."

"Ils en ont des pitiés les gens, pour les invalides et les aveugles et on peut dire qu'ils en ont de l'amour en réserve. Y en a énormément. On peut pas dire le contraire. seulement c'est malheureux qu'ils demeurent si vaches avec tant d'amour en réserve, les gens. Ça ne sort pas, voila tout. C'est pris en dedans, ça reste en dedans, ça leur sert à rien. Ils en crèvent en dedans, d'amour."

Et enfin, à propos de Bébert, un môme pour qui il se prend de tendresse : "Sur sa face livide dansotait cet infini petit sourire d'affection pure que je n'ai jamais pu oublier. Une gaieté pour l'univers."

Je ne peux pas vous donner de conseil plus honnête et sincère que : lisez ce Voyage, il est un monument dont on ne sort pas indemne.

lundi 8 octobre 2007

Photographie

[cliquer sur la photo pour l'agrandir]

Ce brocheton s'est emparé d'un petit poisson-nageur bruiteur sans bavette.
Le ciel brumeux reflété par la surface de l'eau du lac et le calme de l'atmosphère donnent ce fond gris translucide uni à la photo.
Le poisson, en train s'émerger sous la traction de ma canne est encore recouvert d'un film d'eau qui lui donne un aspect de métal poli.

[ Canon EOS 350D, obj Canon standard 18-55 /f3,5-5,6 à 53mm, 1/250ème - f5.6]

vendredi 5 octobre 2007

Verdon

Le Verdon, qui porte bien son nom, au début des célèbres gorges.
[Moyen format FUJI GA645 - Fujinon 60mm F/11- film Fujichrome Provia 100]



Voila une rivière grandiose qui ne m'a jamais vraiment souri à la mouche.
Hormis quelques coups du soir mémorables que je compte sur les doigts d'une main, sur l'amont des gorges, je n'y ai touché que peu de poissons, et de taille modeste.

Les grosses farios des gorges et du canyon hantent toujours les lieux et mon esprit sans que les aie débusquées.

Mais quel bonheur de poser sa soie sur ces eaux bleu-vert dans un cadre aussi somptueux !

Et de pouvoir pêcher en sèche dès l'ouverture !


Au-dessus de Pont de Soleils
[même matériel]


mercredi 3 octobre 2007

Chapitre IV

http://stephane-hadjoudj.blogspot.com/2007/06/chapitre-iii.html

Peu de voyageurs étaient présents dans le train. Le compartiment que Pierre choisit était désert.
Sur le quai, un long coup de sifflet retentit et le convoi s’ébranla, tracté par une micheline ahanante.
Une demi-heure plus tard la ville endormie n’était plus qu’un souvenir et le train fendait la nuit noire d’un pinceau de lumière.
La campagne que Pierre pouvait deviner à l’extérieur défilait sous la faible lumière d’une lune pâlichonne.
Il était quatre heures du matin.
A l’exaltation du départ se mêlait la peur de la nuit et de l’inconnu.
Son monde basculait.
Citadin, il n’avait jamais posé un pied en-dehors de cette capitale qu’il fuyait aujourd’hui.
Le chemin sur lequel il s’engageait n’était plus jalonné des rassurantes balises de l’habitude, des lieux et des visages connus.
Ce train désert lui criait qu’il venait de sortir de la foule.
Même seul le parisien est grégaire.
Même oiseau de nuit, il n’en connaît rien. La nuit a été chassée de la ville par la lumière des bars, des néons et des réverbères.
Et le silence.

Il descendit au petit jour en gare de Bourges, traversa le hall désert, son sac à l’épaule et entra dans le Bar de l’Arrivée qui semblait l’attendre de l’autre côté de la place de la gare.
La serveuse posa devant lui une tasse de café brûlant. Il n’était pas pressé, son car ne partait qu’à huit heures.
- Vous venez d’Orléans ?
Elle lui souriait, ses yeux pétillaient de curiosité. Elle n’avait pas vingt ans.
- Non, je suis de Paris.
- Paris…Vous avez déjà vu la tour Eiffel alors.
Elle semblait évoquer quelque lieu magique et mystérieux.
-Bien sûr.
-Comme ça doit être beau. Moi je n’y suis jamais allé. Je n’ai jamais dépassé Mehun-sur-Yèvre.
Au comptoir deux ouvriers, l’esprit encore embué de sommeil attendaient en fumant devant leur tasse vide, l’heure de l’embauche.

Il était neuf heures lorsque le car s’immobilisa sur la place du village. Quelques secondes auparavant, Pierrot avait pu lire son nom sur le panneau métallique planté en bord de route qui en matérialisait l’entrée.
Son nom importe peu. Ce petit village est multiple. Il est plusieurs milliers. Existe, pour combien de temps encore dans chaque région, chaque département, dans le cœur de chacun.
Ce village, c’est celui que, désormais citadin, vous avez connu pendant vos vacances d’écolier. Celui dont le facteur connaît tous les habitants pour leur parler chaque jour. Celui dont les commerces se déclinent au singulier, qui reste étranger à toute agitation citadine.

Pierrot déplia à nouveau le plan qu’il gardait dans sa poche, en consulta une dernière fois les indications puis se dirigea vers la rivière qui coupait la route en bas de la Grand rue, longea le lavoir dont le bassin de pierre, protégé des intempéries par une couverture en tuiles rouges recouvertes de mousse, hébergeait plusieurs gardons aux reflets bleutés, peut-être déversés là par quelques gamins farceurs, et s’engagea sur le chemin blanc de graviers, qui s’enfonçait dans le marais.
L’été s’était installé sur la campagne et les herbes du fossé regorgeaient d’une vie multiforme qui bruissait sous le soleil.
L’entrée du marais était entretenue. Des potagers avaient fleuri entre les bras d’eau, chacun arborant sa cabane de jardinier en bois, ses quelques fleurs, tous hérissés de rames à haricots.
Dans les petits canaux d’irrigation creusés ça et là, des poissonnets se multipliaient, protégés des carnassiers par la faible profondeur.
La rivière se divisait en plusieurs bras paresseux formant une multitude d’îlots colonisés par les joncs et les roseaux. La vie y était omniprésente.
Devant Pierrot, un banc de perchettes harcelait inlassablement des ablettes de l’année qui giclaient en tous sens à la surface de l’eau. Perché sur une branche de saule, un martin-pêcheur, spectateur attentif, plongeait régulièrement, flèche bleue fugace, avant de revenir se poser, un poissonnet encore frétillant en travers du bec.
La chaleur du soleil sur sa nuque, la musique des grillons, le calme de l’eau, toutes ces sensations faites d’odeurs et de bruits nouveaux se mêlèrent brutalement comme une drogue dans son cerveau.
Il se sentit envahi d’une étrange torpeur, et s’assit sur le bord du chemin, les pieds à quelques centimètres de l’eau.
Des saules ça et là bordaient la rivière. Une brise légère faisait frémir la surface liquide devant ses yeux, et courbait doucement les ombelles des fleurs de carottes sauvages.
Il s’étendit sur l’herbe du talus et se perdit dans la contemplation du ciel, bleu, constellé de nuages clairs.
Il demeura allongé plusieurs minutes, l’esprit dans le vague.
Puis, insidieusement, ses pensées se tournèrent vers le nord, vers la capitale, vers le froid. Sentant remonter en lui par vagues successives les émotions et la puissance des sentiments qu’il éprouvait pour Elle, il se redressa brusquement et se remit en route.
Trop tard cependant pour que le marais ne s’embrume au travers de ses yeux.

Lorsqu’il entra au café des Sportifs, une dizaine de personnes étaient présentes. Tous les regards se tournèrent vers lui.
Il faut dire que les habitués des lieux n’avaient guère l’occasion d’y voir entrer des inconnus.
Les maraîchers avaient l’habitude de se retrouver ici en fin de matinée, et les réunions journalières donnaient lieu à des débats où se mêlaient botanique, météorologie et insectologie, d’autant plus passionnés que midi approchait et que les bouteilles se vidaient.
Pierrot s’avança vers le comptoir derrière lequel se tenait Auguste. Il posa son sac sur le sol carrelé.
- Monsieur Duteillon ? Bonjour, je m’appelle Pierrot Valier. Je viens de la part de Nane.

Auguste leva un œil de son journal, émit un grognement et indiqua du doigt l’escalier qui montait aux combles.

lundi 1 octobre 2007

Le bonheur, c'est simple comme un coup de ligne



Calme d'une aube de septembre sur le Chastang.
Silence voluptueux des gorges de la Dordogne au point du jour.
Atmosphère cotonneuse de la première heure, celle où les brumes de septembre flottent encore sur le lac, celle où les paupières picotent, celle où on frissonne un peu et où le café est le meilleur.
Le scion n'a pas tremblé, il a plongé vers la surface, presque heurté le plat-bord de la barque.
Sans un bruit, pour ne pas froisser l'instant, Aymeric guide le poisson vers ma main.
Je le soulève ruisselant et saisis mon appareil.
Surtout pas de flash. Le ciel blanc de brume est la plus belle et la plus douce des boîtes à lumière.
Clic.

Ce matin là, mon leurre n'a séduit personne.
Pourtant, je sais avoir fait la plus belle prise du jour : le bonheur d'Aymeric au 1/100ème de seconde.

mercredi 26 septembre 2007

Et vous, vous les préférez comment ?

[Le Chastang sur la Dordogne, ce brochet n'a pas succombé à un poisson nageur flottant]



Le hasard est bien malicieux. Au moment où je m'apprêtais à poster un article sur l'intérêt de remettre à l'eau les beaux poissons plutôt que de leur faire découvrir les joies du congélateur, Michel Tarragnat en postait un de la même eau...

Le sujet semble d'actualité puisqu'un article précédent de Marc Delacoste, que je n'ai pas lu, abordait le sujet.

Plutôt que répéter son propos, voici un petit commentaire complémentaire :
Evidemment, au préalable, la lecture du blog de MT s'impose...


La démonstration se tient tout à fait du point de vue de la logique.

Malgré tout, il est probable que de nombreux pêcheurs, parmi ceux qui ont adopté un comportement de moindre impact sur le milieu en remettant la majorité de leurs prises à l'eau, continueront après lecture à conserver leur trophées plutôt que le menu fretin.

Au-delà de la fierté que procure la présentation d'une grosse prise à son entourage, motif que MT évoque dans son article et qui participe à ce choix "irrationnel" de conserver fréquemment les plus gros poissons, je perçois une autre raison, conjoncturelle, à cette situation : la pratique de la remise à l'eau est récente dans le petit monde halieutique tricolore.

Ses adeptes sont, au moins pour partie dont je suis, des pêcheurs ayant abouti à ce comportement par raison (je n'ose écrire par altruisme ou générosité) au vu de la pauvreté de nos populations carnassières. Par intérêt aussi. Qui n'a pas capturé plusieurs fois la même belle truite à quelques jours d'intervalle, qui n'a pas pris un beau bec portant les marques cicatrisées d'une capture ancienne (d'un décrochage ?), et je ne parle pas des carpes...
Et ces éclaireurs de ce que deviendront, par conviction ou par par la force des choses, tôt ou tard l'ensemble des pêcheurs de carnassiers, ces "pionniers" se sentent en 2007 encore bien esseulés, très largement minoritaires parmi la foule des adeptes du "poisson pris, poisson cuit".
Le "relâcheur" constitue à mon sens un beau spécimen de chaînon manquant, un être en cours de mutation, tout à la fois témoin et contemporain de ce que fût la pêche du XXème siècle, dont les emblèmes naturels sont le panier en osier et la poêle à frire, et précurseur de l'Homo Halieuticus du XXIème siècle, dont l'appareil photo fait office de besace.

Là où je veux en venir est qu'on peut être responsable, préoccupé de l'avenir de notre sport, on n'en est pas moins humain. Et je pense que parmi ceux qui ont franchi le pas du no-kill, beaucoup se disent encore qu'ils font un bel effort en se contraignant à remettre beaucoup de prises à l'eau. Beaucoup, du moins pendant les premières saisons de pratique, conservent en relâchant leurs prises un petit pincement au coeur, réminiscence de leur ancien état d'adepte du panier, ou de celui de leur père. La libération des prises n'est pas encore devenue un geste aussi naturel que l'était celui de briser la nuque d'une truite ou d'assommer un brochet avant de le glisser dans un sac.

Dans ces conditions, et au commencement de sa "mutation", il est humain que notre Homo Halieuticus en devenir se dise, au moment où enfin une belle prise apparaît après quantités de poissons de taille courante consciencieusement remis à l'eau qu'il a bien mérité de conserver ce beau là plutôt qu'un des petits précédents.

A la pêche comme en toute chose les mentalités évoluent moins vite que les comportements.

Je suis convaincu, pour ressentir moi-même cette évolution, que la situation n'est que transitoire. Qu'à l'avenir, les comportements se conformeront à la logique de la démonstration faite par MT et MD dans leurs articles, naturellement.

Je ne doute pas que cela viendra. Je n'ai absolument aucun doute là-dessus. Pour moi la question qui se pose est de savoir si ce comportement sera généralisé dans un futur que je redoute où la réglementation imposera le no-kill systématique pour préserver les quelques populations reliques de carnassiers survivant dans des eaux nationales sinistrées par la pollution et la mauvaise gestion, voire pour préserver la santé des inconscients qui pourraient être tentés de consommer ces poissons à la sauce dioxine*, ou bien s'il apparaîtra comme conséquence logique de choix de gestion efficace de nos eaux, qui, je le rêve, hébergerons alors des populations piscicoles en pleine santé et affichant des pyramides des âges qui ne ressembleront plus à celles d'un pays du Tiers Monde.
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On peut avancer d'autres explications au choix de conserver un gros poisson plutôt que deux petits :
- l'existence de tailles légales de capture, et l'habitude prise en conséquence par les pêcheurs de garder les "gros", relâcher les "petits". Le réflexe se répercute probablement chez l'adepte de la graciation lorsqu'il s'autorise un prélèvement.
- un réflexe anthropomorphique : la vie d'un enfant ou d'une personne jeune est plus précieuse que celle d'un adulte ou d'un vieillard, et le transfert de ces valeurs à nos prises conduit à prélever les poissons trophées.
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Vous le préférez comment...

Au court-bouillon ou au bouillon tout court ?





mercredi 8 août 2007

Les grands chemins

Les grands chemins - Jean Giono, 1951.

L'amitié, décortiquée sans mièvrerie, présentée de façon magistrale par Giono.
L'amitié exposée nue à notre regard, et tout cela sans avoir l'air d'y toucher.
C'est toute la grandeur d'un écrivain : savoir présenter comme une évidence ce qui semble si difficile à concevoir au commun des mortels.


"Je n'ai pas du tout envie qu'il se mette à faire des chichis. Tel qu'il est il me plaît. Et tel qu'il me plaît il est à côté de moi maintenant. Je me demande ce que je réclame.
Son regard est plus mauvais que méchant. J'en connais qui préféreraient, et qui préfèrent en être loin que près : Catherine par exemple, le petit blond par exemple, le patron par exemple qui m'a déjà demandé qui était ce personnage que je traînais avec moi. Je ne peux pas dire que j'aime ce regard là ; personne ne peut l'aimer. Il n'annonce rien de bon. Il vous juge à son profit. Et moi je sais que celui qui a ce regard, et l'envie de profiter de tout le monde, ne peut plus profiter de personne.
Je crois qu'au début, les premiers temps où j'ai préféré ce regard répugnant à d'autres, je m'étais rendu compte que l'homme qui avait ce regard ne pouvait profiter des gens qu'au prix d'une combinaison extraordinaire. J'ai pris en somme plaisir à lui faciliter les choses (et en ce qui me concerne je continue à lui faciliter les choses). Est-ce cela l'amitié ?"

lundi 16 juillet 2007

Thon rouge : chronique d'une disparition annoncée

Quoi de plus commun que le thon rouge ?
Des quantités de poissons évidemment phénoménales dans une mer forcément immense, des bancs gigantesques de milliers de poissons qui croisent en été au large des côtes méditerranéennes.
Des animaux énormes qui peuvent dépasser les 700kg et pourtant sont capables de nager à plus de 30km/h, à l'hydrodynamique époustouflante, profilés et carénés par des millions d'années d'évolution.


Des millions d'années pour en arriver au 12 juillet 2076, date* à laquelle le dernier représentant sauvage de l'espèce aura été pêché par un senneur français au large des côtes lybiennes.

*en regard des millions d'annés depuis lesquels l'espèce règne sur les mers et océans, cette date est fournie avec une précision diabolique, l'incertitude liée n'excédant pas les 50 ans.

Quelques chiffres qui font froid dans le dos :
Entre 1950 et 2000, les prélèvement mondiaux de thons (toutes espèces ocnfondues) ont été multipliés par 12, passant de 0,5 à 6 millions de tonnes par an.
Dans le même intervalle, la taille moyenne des prises a diminué d'un facteur probablement supérieur à deux.
Pour enrayer la chute alarmante des populations due à cette surexploitation, la Commission Internationale pour la Conservation des Thonidés de l'Atlantique (ICCAT) a décidé en 2006 une baisse des captures de 9% , qui ne sera pas respectée puisque Lybie et Turquie ont en janvier 2007 tout simplement refusé cette réduction -gagner moins d'argent, vous plaisantez ?!!- : plus de 32000 tonnes de thon rouge "annoncées" seront donc pêchées en Méditerranée en 2007, ce qui représente, en tenant compte de l'irrespect généralisé et reconnu de ces quotas par les pêcheurs, 50 à 60 000 tonnes de poissons prélevés.
Deux fois la capacité estimée de reconstitution des stocks.
Mais qu'importe, les prises rapportent, et gros. Alors tant qu'il y a du thon à pêcher, allons y gaiement, mobilisons bateaux ultra modernes, avions de reconnaissance, capturons, capturons, et quand le thon aura allongé la liste des espèces qui furent, on se tournera vers d'autres poissons...
Conway Macmillan a écrit le fameux "avons nous besoin de sauver cette espèce de condor ? Pas forcément...sauf que pour sauver le condor nous aurons besoin de développer des qualités qui nous permettrons de nous sauver nous-mêmes."
Cent ans plus tard, cette phrase est plus que jamais d'actualité, pour le thon rouge comme pour un nombre toujours grandissant d'espèces.
Seule note d'espoir, le condor n'est pas [encore] éteint...

mardi 10 juillet 2007

Magique Carlit

Je n'avais encore jamais traîné mes mouches dans les Pyrénées.
Après quatre jours de rando-pêche passés avec Karine dans le massif du Carlit, je ne songe plus qu'à une chose : y retourner, et le plus rapidement possible, tant les paysages sont sublimes et les truites nombreuses.


[le massif du Carlit vu depuis le lac de Trébens]
[cliquer pour agrandir]


Le pic Carlit se dresse à 2921m en bordure ouest des Pyrénées Orientales, entre Andorre, Espagne et Ariège, au-dessus de Font Romeu.


Son massif porte les marques des glaciers qui l'ont habillé pendant des millénaires : des dizaines de lacs aux eaux froides et cristallines peuplés de truites fario, arc-en-ciel, ombles chevaliers et cristivomers occupent les cuvettes glaciaires, les plus intéressants situés entre 2100 et 2400m d'altitude.
Dans ces conditions d'altitude et d'isolement, une partie de pêche sur ces eaux relève de l'aventure, et pour peu que les dieux de la météo soient cléments, l'enchantement débute bien avant le commencement de la pêche, les paysages somptueux de la Cerdagne et du Capcir méritant à eux seuls le déplacement.

Point de départ obligé pour ceux qui désirent se rendre sur un des lacs du Carlit : le barrage de la retenue des Bouillouses (altitude 2000m, 150 hectares, mise en eau il y a tout juste cent ans). Nul doute que le lac héberge quelques truites monstrueuses, mais sa topographie le rend difficile d'accès au moucheur, qui à mon humble avis aura bien du mal à tirer son épingle du jeu sur cette immensité, sauf à promener un streamer sur soie plongeante...activité ingrate que je trouve rapidement lassante...
Si quelqu'un le pêche à la mouche avec succès, je suis preneur d'infos ;-) .


[méandres de la Têt, amont du lac de retenue des Bouillouses]

Le parking situé en pied de barrage est le dernier point accessible en véhicule à moteur.


Particularité du site, une réglementation a été récemment instaurée, destinée à préserver de l'afflux de véhicules ce Site Naturel Classé : en période estivale, l'accès est interdit aux voitures entre 7h et 19h (seules exceptions : les personnes se rendant à l'hôtel ou au refuge situés près du barrage). Un parking relais a été implanté en pied du massif, et les 15 derniers kilomètres avant le lac des Bouillouses sont à faire en autocars (départs toutes les 15 minutes, tarif 2007 : 5€ aller-retour).
Avant 7h et après 19h, l'accès est libre.

Pour ceux que dormir sous la tente ne rebute pas et/ou au budget serré, le camping municipal de Mont Louis http://mont-louis.net/camping.htm est bon marché et surtout situé à proximité immédiate de ce parking relais.

Au pied du barrage des Bouillouses, un grand nombre de circuits de randonnée s'offrent à qui veut user de la semelle. Ceux qui nous intéressaient, et que nous avons empruntés rejoignaient les lacs du Carlit mais aussi ceux du massif des Camporeils.

Côté réglementation pêche, coup de chapeau à la fédération 66 qui a su instaurer quelques règles volontaristes et pertinentes : Sur les 40 plans d'eau principaux des massifs, 32 ne sont pêchables qu'aux leurres (mesure salutaire quand on voit la densité de truitelles qui les peuplent) et uniquement 3 jours par semaine (mercredi, samedi, dimanche & jours fériés). Pour la seconde catégorie, seuls trois carnassiers peuvent être prélevés par jour, tailles minimale du sandre 50cm, du brochet 60cm (vivement que ces trois mesures soient appliquées en Corrèze !).


L'autorisation de pêche des plans d'eau du groupe Carlit 3 jours par semaine nous a contraint à y goûter le mercredi 4 juillet seulement, arrivée de Corrèze le lundi soir et départ le samedi matin oblige.
Le mardi et vendredi, quatre plans d'eau du massif Camporeils ont été caressés par nos soies.
Le jeudi, après un repos matinal consécutif à un bivouac agité sur le carlit, nous avons doucement promené nos mouches sur la Têt, petite rivière qui s'échappe des Bouillouses...


Pour entrer dans le vif du sujet, la pêche et les poissons, je dois dire que nous avons vu en quatre jours plusieurs centaines de poisssons, certes le plus souvent truitelles, qui ont fait preuve à ma grande surprise (et satisfaction) d'une activité de surface soutenue, mais dont la capture ne s'est pas révélée être le jeu d'enfant auquel j'avais prévu de m'adonner en voyant les francs gobages agiter la surface du premier lac rencontré.


Je suis arrivé au Carlit avec quelques préjugés que j'ai depuis rangés au fond de mon sac, et reparti avec en tête plusieurs modèles de mouches que j'ai commencé à monter en vue de la prochaine escapade pyrénéenne.
Non, les truites de lacs d'altitude ne se jettent pas goulûment sur la première imitation d'insecte terrestre venue tricotée dans les vagues.
Non, la base des mouches qui marchent (ou plutôt qui marchaient lors de ce cour séjour) ne repose pas sur le poil de cervidé teint en noir monté sur hameçon de 10.
Et non, ces poissons ne sont pas aussi naïfs, confiants ou ignorants des dangers halieutiques que je ne le pensais.

Vous l'avez compris, ces truites, et même les truitelles nous ont donné bien du fil à retordre, et on leur en sait infiniment gré.
Je me suis arraché les cheveux à tenter de faire monter sur mes imitations des poissons en activité qui gobaient, parfois très régulièrement, sans succès pendant des heures.

J'ai monté en arrivant le mardi matin des mouches sèches de grande taille, flottant haut, sur 16 centième en pointe. En repartant le vendredi soir, j'avais en bout de ligne un micro moucheron sur hameçon de 22 fixé à une point en 10 centièmes. Le problème était alors moins de les faire mordre que de ne pas les dépiquer...


Pour reprendre ses mauvaises habitudes, Karine a pris sur le lac de l'Esparver le plus beau poisson du séjour, une magnifique fario de 35cm, en sèche à vue, sous un soleil de plomb et sans vent. Un endroit où je n'aurais pas osé poser une mouche, un bas de ligne en 10 centièmes se posant à la surface dans ces conditions faisant généralement fuir à toutes nageoires tous les poissons des alentours !
Je me console en me rappelant le sous-marin qui s'est emparé furieusement de mon streamer "têtard" sur le Grand Boutassou, m'a collé un démarrage de sprinter dopé pour rapidement me fausser compagnie en passant contre un rocher que ma pointe en 18 centièmes n'a pas apprécié du tout...


Si l'expérience pyrénéenne vous tente, surtout ne partez pas avec des cannes trop légères.
J'ai pêché quasiment en permanence avec une soie de 8.
Le vent est omniprésent sur les lacs du Carlit, de plus en plus fort à mesure que l'on monte en altitude, et une soie de 7 me semble un minimum pour pouvoir lancer correctement.


Pour information, lors de notre visite aux lacs du Carlit le mercredi, les quatre plus hauts (Les Dougnes, Casteilla, Trébens et Soubiran) étaient balayés par un vent de l'ordre de 70km/h avec des rafales à plus de 80. Autant dire qu'il valait mieux pêcher avec que contre.
Bien sûr il y a eu des périodes de calme, des plans d'eau lisses comme un miroir dans lesquels les truites donnaient l'impression d'être suspendues en l'air tellement l'eau est du gin là-bas. Mais sachant qu'à un moment où un autre on sera confronté à un vent fort à très fort, sur un lac ou le suivant, mieux vaut emporter une canne lourde avec laquelle on pourra toujours pêcher fin par moments (évidemment le doigté s'impose avec une soie de 8 et du 10 centièmes!) plutôt qu'un fleuret pour soie de 4 ou 5 avec lequel on sera très limité par moments.
Bien sûr pour les courageux, l'idéal est d'emporter deux cannes. Mais en montagne chaque gramme compte, surtout quand on a 3h de marche et quelques centaines de mètres de dénivelé à engloutir dans la journée !


Pour finir ce post, voici quelques photos du séjour...et des mouches
Comme toujours, cliquer pour afficher la photo à sa taille nominale.






[Un beau mâle du lac de l'Esparver, pris en mymphe à vue.]






[le lac de l'Esparver par temps très calme]


[toujours l'esparver, le plus beau des lacs rencontrés à mon goût]

[Balmette, dans son écrin de verdure]


[Au bord de Balmette, un instant de repos !]





[Soubirans, altitude 2400m]


[Les Dougnes, altitude 2350m, un régal à pêcher, malgré le vent]


[encore les Dougnes, vues depuis le ruisseau qui l'alimente]




Voici quelques mouches montées depuis notre retour. Je ne les ai pas encore testées mais je compte bien le faire très prochainement !

Elles sont imaginées à partir des modèles qui ont été à peu près satisfaisants lors du séjour et au vu des insectes rencontrés sur l'eau.

Les chironomes sont bien présents sur les plans d'eau les plus bas (disons tant que l'environnement forestier prédomine, soit jusqu'à environ 2200m).

Plus haut je n'en ai pas vu même si des imitations de buzzers ont pris du poisson. Peu-être sont-ils encore présents....à vérifier.

A priori les deux premiers modèles sont donc destinés aux lacs de Balmette, les deux Boutassous, l'Esparver...).

Le sedge lui doit faire l'affaire partout, car même à 2400m d'altitude les trichoptères à dominante brun, mouchetés, de taille moyenne sont bien présents.



[chironome émergeant, hameçon de 14, corps en fil de montage bordeaux, thorax en floss orange, toupet en cul de canard, suffisament volumineux pour assurer une flottaison franche même dans la vague et une bonne visibilité]




[le même chironome, mais à tricoter doucement sous la surface lorsque les truites gobent mais refusent le modèle émergeant, hameçon de 14, corps en fil de montage bordeaux, tinsel argenté ou fil de plomb selon poids souhaité, thorax en floss orange]

[sedge brun, hameçons de 14 et 16, corps et collerette en cul de canard gris anthracite, ailes en pardo]

A compléter par quelques minuscules éphémères modèles foncés ET modèles très clairs montés sur hameçons de 20...

Pour en savoir plus sur la pêche dans le massif du Carlit :
http://www.lacsdespyrenees.com/reglementation66.php : liste des lacs, espèces présentes

Pour se loger :

http://mont-louis.net/camping.htm

http://boneshores.com/

A noter, le camping est interdit dans le Site Naturel Classé...mais le bivouac est toléré. Solution intéressante pour qui veut profiter des coups du soir ou du matin sur les lacs. La tente est à monter au coucher du soleil et à démonter dès le lever du jour. Si vous êtes tenté par cette "aventure", les règles de prudence en montagne s'imposent : toujours se munir de cartes type "série bleue", histoire de savoir où on met les pieds, s'informer des conditions météo très régulièrement (Météo France dépt 66 = 08 92 68 02 66), se munir de vêtement chauds et coupe-vent, même si la canicule règne sur les Bouillouses au départ de la rando, emporter de l'eau, et pas uniquement pour le pastis, se tartiner régulièrement de crème solaire haute protection (à 2400m d'altitude en été, le soleil n'est pas ton ami !!!)

Et enfin respecter le site, ne laisser aucune trace de son bivouac, et remettre ses prises à l'eau.

mardi 5 juin 2007

Chapitre III

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La pluie venait de cesser et seuls les aboiements d'un chien dans le lointain et le pas des deux hommes sur les graviers du chemin troublaient le silence.
De la brume montait doucement de la surface de l'eau. Les deux amis avançaient les mains dans les poches, sans un mot.
Emile s'était calmé et regardait défiler les cailloux sous ses pas.


Auguste, le regard perdu au loin, bien au-delà des roseaux qui pointaient sur la berge opposée, semblait songeur.
- Alors il est revenu.
Une sittelle prenait d'assaut le tronc d'un vieux saule, au mépris de la gravité.


- Je le connais ton brochet Emile. Je sais que tu dis vrai. Je l'ai déjà vu.
C'était l'été dernier, le 26 juillet pour être précis.
J'étais en train de pêcher des ablettes dans le virage que tu vois devant nous, près de la barque du boulanger.
Il y avait là une cane avec dix petits, pas plus gros que le poing. Elle longeait la berge d'en face, et je m'amusais à la regarder traîner ses canetons comme une locomotive ses wagons.
Puis d'un coup il y eut un remous. Je ne regardais plus alors. Lorsque j'ai relevé les yeux tout redevenais calme, la mère continuait son chemin, mais j'eus beau compter et recompter les petits, je dus me rendre à l'évidence : il en manquait un.
Sur le moment j'ai pensé m'être trompé en les comptant la première fois -tu sais comme ils sont vifs, et j'ai continué ma pêche tranquillement.
Le lendemain soir je suis revenu. Il n'y avait plus que huit canetons, pas de doute possible.
Je sais que bien souvent les belettes s'emparent des petits lorsqu'ils dorment sur la berge, mais le remous de la veille me travaillais, et c'est à un brochet que je songeais quand je suis revenu avec mes cannes à vif le surlendemain -un caneton avait encore disparu.
Ils étaient toujours là. La cane longeait scrupuleusement la berge.
Il était midi lorsqu'il a mordu.
Il faisait chaud, lourd. Le marais bourdonnait de vie. Les ablettes pourchassaient les moucherons en surface, les perches pourchassaient les ablettes.
Il était midi lorsque mon bouchon a disparu.
Dès que j'ai ferré j'ai su que c'était lui qui avait emporté les canetons. Je le sentais énorme. Je l'ai vu gigantesque quand il est monté en surface.
Auguste venait de s'arrêter au bord de l'eau.
- C'était ici.
Il scrutait la surface, peut-être à la recherche d'une ombre fantomatique.
- Ça n'a duré qu'une minute. Je l'ai vue cette gueule immense, j'ai vu ses ouïes rouge sang. Je l'ai vu secouer la tête rageusement hors de l'eau. J'ai vu mon hameçon s'envoler, retomber sur les herbes du bord. Je l'ai senti se planter dans mon coeur.
Le regard d'Auguste était grave lorsqu'il leva les yeux vers Emile.
-Je connais ce brochet. J'ai croisé son regard.
Il sorti son paquet de tabac de la poche et roula une cigarette.
Ses mains tremblaient.


La grande barque à fond plat dont se servait Emile pour aller pêcher et pour chasser le canard à la repassée les soirs d’automne venait d’apparaître entre deux saules.
Du matériel de pêche en jonchait le fond goudronné.
Au milieu, une grande boîte servait de siège, maintenue par deux cales en bois. Elle était fermée mais Auguste pouvait faire l’inventaire de son contenu de mémoire, au flotteur près.
Depuis combien de temps allait-il régulièrement s’asseoir au bord de l’eau avec son compère, guetter le tressaillement ou la disparition soudaine, pleine de promesses, d’une petite plume colorée ?

Emile rangeait cette boîte avec un soin maniaque. Ses trois étages recelaient tout le matériel nécessaire à la réussite d’une partie de pêche : du fil de plusieurs sections, de la plus importante pour la puissante carpe et le féroce brochet à la plus ténue pour le méfiant gardon, des plombs de toutes tailles, des hameçons de toutes formes, ronds, longs, fins ou forts de fer, des bouchons multicolores, autant d’objets hautement spécialisés ne tendant qu’à un seul but : faire traverser le miroir de l’onde au plus grand nombre des habitants à écailles qui la peuplent.
Bien d‘autres ustensiles étaient rangés dans les entrailles de ce coffre aux trésors, tous plus intrigants les uns que les autres aux yeux du profane qui l’aurait entrouvert : pierre à aiguiser, dégorgeoir, émerillons, pâte à pêche.

Posée contre le plat-bord de la barque, une large épuisette attendait patiemment que sonne son heure, l’heure de la gloire, la venue d’un poisson digne d’elle.
Une musette de toile était protégée de la pluie sous le tableau arrière.

Les cannes entassées pêle-mêle témoignaient quant à elles de la précipitation avec laquelle Emile était revenu à la berge. Le bouchon de l’une des deux cannes à vif était encore dans l’eau, qui tressaillait sous les faibles tirées du gardon accroché à son extrémité en guise d’appât.
Le fil de l’autre était cassé sous le bouchon…

Emile venait de prendre sa musette et remontait sur la berge. Lorsqu’il empoigna la main tendue de son ami pour descendre du bateau, il sut qu’il ne devait pas poser de question. Ne pas lui demander pourquoi il n’avait jamais parlé de ce poisson.
- Rentrons avant qu’André ait bu toute la réserve.

Tous deux sentirent alors que le marais leur avait confié, à eux et à eux seuls, un de ses secrets, et que la quête du grand poisson venait de commencer.
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Les beaux jours avaient débarqué sans prévenir sur la campagne berrichonne.
Un matin en sortant dans sa cour à l’aurore suivant habitude pour satisfaire un besoin naturel, Auguste avait découvert un ciel sans nuages.
Comme pour se faire pardonner de l’hiver exécrable qui avait tour à tour gelé et détrempé la campagne, le temps se mit au beau fixe.
La vie qui sourdait du marais explosa en quelques jours ; tous, végétaux et animaux, balayaient la grisaille et le silence hivernal d’un feu d’artifice de sons et de couleurs.
Auguste sentait monter en lui une joie enfantine à l’idée de ses retrouvailles avec l’eau, de ces parties de pêche qui s’annonçaient.

__________

Bientôt le soleil se lèverait. Il était cinq heures.
Emile, ombre bleue sur le blanc du chemin, musette et panier à l’épaule, cannes à la main, s’avançait vers sa barque.
Auguste était déjà là, son attirail à ses pieds.
Comme à chaque fois il avait guetté l’apparition de cette silhouette familière, comme à chaque fois, il avait eu peur qu’elle ne vienne pas.
Comme toujours elle était apparue au détour des aubiers, et il avait ressenti au cœur le petit choc que produit le soulagement à la fin de l’attente d’un ami.

Le matériel avait été déposé avec attention dans la barque, et Emile tenait les rames hors de l’eau. D’une poussée de pied, Auguste dégagea cette dernière des herbes qui bordaient la rive et sauta à l’intérieur.
Alors les longues planches de bois fendirent la surface de l’eau et le bateau, docile, se mit à glisser doucement dans le calme du petit jour.
Au loin, l’horizon blanchit, rosit, puis un croissant écarlate embrasa le levant.

Le poste qu’ils avaient choisi de pêcher aujourd’hui était situé à une cinquantaine de mètres du bord. Arrivés à l’endroit propice, Auguste descendit doucement l’ancre –un vieux croc à trois branches qui servait à l’origine à rattraper les seaux tombés au fond du puits. La corde de chanvre glissait entre ses mains et il sut qu’il étaient placés au bon endroit : le lest s’était enfoncé dans la vase trois mètres sous la surface.

La barque décrivit un arc de cercle et se stabilisa dans l’axe du léger courant qui animait l‘eau du marais. En aval ils savaient que s’étendait sur une vingtaine de mètres un profond de quatre mètres, véritable fosse à l’échelle du marais dont la profondeur moyenne n’excédait pas un mètre cinquante.
A proximité de la barque émergeait une talée de roseaux qui bordait la fosse et s’étalait en aval pour former îlot, merveilleux refuge pour toutes sortes d’oiseaux et de batraciens.

Auguste savourait ces instants de calme.
Le soleil était levé, la journée serait belle.
Emile avait soulevé le couvercle du seau posé à ses pieds. Il y plongea la main et envoya dans l’eau plusieurs poignées du blé préparé la veille. L’odeur légèrement piquante des grains cuits rappela à Auguste qu’il n’était pas là pour rêvasser. Il empoigna sa canne – une robuste canne de bambou en cinq brins, emboîta les éléments dont les viroles en laiton avaient une fâcheuse tendance à gripper, puis fixa sa ligne au bout du scion et la déroula du plioir où elle avait été rangée à la fin de la dernière partie de pêche.
Après avoir vérifié du bout de l’ongle le piquant de son hameçon il y pinça une sonde, posa sa ligne sur l’eau et constata qu’il devait relever son flotteur d’une vingtaine de centimètres afin que l’appât dérive à la bonne profondeur, quelques centimètres au-dessus du fond.
Tous ces préparatifs accomplis, tous réglages effectués, il s’assit le plus confortablement possible sur son siège, choisit dans sa boîte le grain de blé qui lui parut le plus appétissant, le piqua délicatement sur son hameçon et propulsa d’un coup de poignet sa ligne en amont de la coulée amorcée.
Quelques secondes plus tard la plume rouge et noir de la ligne d’Emile dérivait à son tour à la surface du marais baigné par la douce lumière du petit matin.
La pêche commençait.

A bien y réfléchir –mais Auguste ne songeait à cela qu’après coup, c’était durant ces heures sereines passées au bord de l’eau avec son ami, sur ce bateau qui les isolait du reste du monde, qu’il s’était le plus approché de ce qu’on appelle à tort et à travers le bonheur.

Les lignes, relancées en amont dès qu’elles arrivaient en fin de coulée, parcouraient inlassablement le même trajet, l’une derrière l’autre, à un rythme régulier. Parfois un gardon, une brème ou une tanchette interceptait le grain de blé dans sa course obstinée. La plume plongeait, tressaillait ou se soulevait. Chacun de ces mouvements anormaux était sanctionné par un ferrage, et une vie argentée ou dorée, après un bref séjour à l’air libre intégrait la bourriche métallique immergée le long de la barque.

Et les deux hommes souriaient, s’interpellaient à chaque prise, comme les deux gamins qu’ils redevenaient au bord de l’eau.
Le centre du monde s’était posé là, au milieu de ce bateau. Ailleurs des hommes s’échinaient sur des chaînes d’usines, d’autres tombaient le visage dans la boue pour ne plus se relever.
A Paris petit Pierre oscillait entre la vie et la mort.
Ici deux hommes pêchaient.

samedi 2 juin 2007

Chapitre II

[Chapitre I : http://stephane-hadjoudj.blogspot.com/2007/05/chapitre-i.html ]


Si la vie ne l’avait pas épargnée, elle n’en gardait aucune rancune, aucune aigreur.
Les souffrances qu’elle avait vécues au plus profond de sa chair lorsque son fils et son mari avaient disparu un soir d’octobre, dans les tôles déchirées de leur voiture, lui avaient appris de la manière la plus cruelle à apprécier à sa juste valeur un sourire échangé, un regard bienveillant.
Elle tenait un bistrot rue Caron dans le quatrième. Vingt-cinq mètres carrés de bonheur simple, d’où la joie s’échappait pour narguer les aubes grises du Marais.
Et les pavés luisants sous la lumière des réverbères reflétaient l’enseigne du Café Noir.
Ce havre de paix ne devait aucun compte à la Sacem. La seule musique qu’on y entendait était les rires et les conversations des groupes d’étudiants qui en avaient fait leur lieu de rencontre. Ces jeunes étaient désormais la seule famille de Nane, qui les avait adoptés et était devenue leur confidente.
Elle avait soixante-cinq ans.
Nane habitait dans son bar, n’en sortait que rarement. Après la fermeture, elle montait dans sa chambre où un vieux lit côtoyait une cuisinière antédiluvienne , et soupirait alors, seule jusqu’à l’aube prochaine où elle descendrait accueillir ses compagnons du petit jour et boire son café parmi eux.
Elle aimait tout particulièrement ces moments où les travailleurs de nuit, cette foule silencieuse qui s’agite derrière les volets tirés des magasins ou autour des chaînes faisant les trois huit lorsque les lumières des immeubles se sont éteintes et que le calme a englouti les rues, croisaient les ombres encore endormies des ouvriers du petit matin.
Elle aimait le silence de la rue, le ronronnement du percolateur, l’atmosphère cotonneuse d’avant le lever du jour.
Accoudées à son comptoir, toutes ces silhouettes sortaient de l’anonymat de la rue, retrouvaient une identité sous son regard.
Il s’appelaient Victor, Stanislas, Alain, Lunès

A cette époque Pierrot avait vingt ans.
Le plus bel âge de la vie lui avaient affirmé le jour de son anniversaire ses parents, sa famille, toutes ces personnes fortes de ces années supplémentaires qu’il n’avait pas encore vécues.
Les plus belles ? Foutaise, mensonge.
Pourquoi ? Pensa-t-il en reposant son verre sur le bord du comptoir.
La tristesse et la colère croisaient dans son regard perdu au loin.
Tristesse, colère, tristesse.
La pièce était pleine de ces personnes qui enviaient cette jeunesse, bien loin déjà pour nombre d’entr’elles, effacée par des journées de labeur, balayée par les feuilles de paye trop maigres, par des angoisses sourdes et lancinantes. Engloutie dans les brumes du souvenir et des regrets.
Tristesse.
Une larme tomba sur le zinc.
Un verre se renversa à la table voisine.
Colère.
Riez, riez braves gens. Il prit le plafond à témoin pour ne pas pleurer.
Cynique.
- Pauvres diables désespérés. La vieillesse vous guette déjà. Forcez vous à rire, oubliez un instant votre fin proche, votre décrépitude. Moi, moi je vis la plus belle année de ma vie. Regardez-moi bien. Je suis jeune. Savez-vous quel âge j’ai cher vieux monsieur ?Vingt ans tout rond, gardez la monnaie je vous en prie.
J’ai vingt ans, voyez ce bonheur immense dans mes yeux.
Tristesse.
Elle aussi a vingt ans.
Eloïse.
Pourquoi Eloïse ?
De quel droit me fais-tu ça ?
Une seconde larme.
Eloïse.
Une troisième.
Sourire de Nane.
Il ne lui avait rien dit. Pour une fois, il ne voulait pas parler.
Mais Nane savait. Savait le présent, connaissait l’avenir.
Tu apprendras à regretter ces instants Pierrot. Plus tard, bien plus tard, tu souhaiteras pouvoir revivre cette tristesse.
Le monde s’est écroulé autour de toi hier, quand tu as lu sa lettre.
Ca te fait mal petit Pierre ? Là, dans la poitrine. Quelque chose s’est cassé.
Hier tu as lu la sentence définitive d’un procès auquel tu n’avais pas été convoqué.
- Une lettre pour monsieur Pierrot Valier. C’est une écriture de jeune fille, petit veinard, moi je ne reçois que des factures !
Mon cher Pierre.
Après délibération et au vu de la gravité des chefs d’accusation, les jurés représentés par mademoiselle Eloïse Leprêtre ont condamné à l’unanimité monsieur Pierrot Valier, vingt ans, à la peine de mort.
Je ne t’aime plus Pierre.

Tu n’es pas mort Pierrot. Tu respires encore. Tu peux souffrir tout ton saoul.
La bombe a tout détruit autour de toi, mais tu restes, seul survivant.
Tu contemples le spectacle désolant d’un champ de ruines.
Ce n’est pas toi qu’elle a tué.
C’est bien pire.

Une nuit d’hiver est tombée sur le Marais. La Seine, glauque, charrie des monceaux de cadavres.
Sous tes yeux passent pêle-mêle vos tête-à-tête au Café Noir, vos promenades aux jardins du Luxembourg, la chaleur de son corps, son sourire…
Et là, à tes pieds, planté dans la vase noire, un lit défait et une Eloïse nue qui te sourit. Avec encore sur le visage les stigmates de l’amour.

Photographie

Oiseaux d'hiver.

[cliquer sur les photos pour les agrandir]

Devant la fenêtre de ma cuisine est un pommier qui a gardé sur ses branches quelques fruits jusqu'en janvier l'année dernière. Les pommes ont fait le bonheur de nombreux oiseaux pendant la période la plus froide de l'hiver. Mésanges, grives musiciennes et litornes ont profité de l'aubaine.

Quant à moi, derrière ma vitre, je bénéficiais d'un affut très confortable.

Mésange bleue.


Grive litorne.

Grive musicienne.

[Canon EOS 350D - objectif Sigma 55-500 EX à 500mm - env 1/400 s F6,3]

jeudi 31 mai 2007

Chapitre I

La pluie tombait sur le marais depuis l’aube, et le gris uniforme des nuages condamnait sans appel la ville à une journée morne et triste.
L’église sonna midi de ses deux cloches de bronze. La profondeur de ce son, pourtant étouffé par le crachin, en disait long sur la masse de métal qui oscillait en haut de la tour.
Planté en bordure du marais, le Café des Sportifs, qui justifiait son nom une fois l’an en organisant un concours de belote, sommeillait sous la bruine.
Cet ancien moulin, fierté de son propriétaire, Auguste Teillon, avait été reconverti en débit de boisson après que le modernisme, sous les traits d’Electricité De France, eût définitivement stoppé une meule devenue inutile.
Le maître des lieux ne manquait d’ailleurs jamais une occasion de fustiger les nouvelles minoteries du diable au moindre mouvement de l’aiguille du baromètre. Il était clair et mathématique que la fée électricité qui pour lui prenait les traits d’une sorcière Carabosse était responsable, outre de l’arrêt de son moulin, de toute variation intempestive des températures, de la pluviométrie et de l’appétit des poissons du marais, sujet hautement important si l’on s’en tient à la fréquence de ses apparitions dans les conversations de comptoir de l’établissement.
En berrichon têtu qu’il était, l’homme avait toujours refusé le confort moderne de l’électron, et c’est à la lueur d’une lampe à pétrole et d’un feu de cheminée qu’il conversait avec son compère, son frère –frère de beuverie disaient les mauvaises langues.
- M’est d’avis qu’on en a pour la semaine de ce temps pourri.
Ah ça, pour un printemps pourri on est gâtés !
André Palisse était employé agricole au domaine de la Tournelle à la sortie du village.
Des claquements de sabots sur les marches du perron stoppèrent là ses réflexions philosophiques sur la cruauté du ciel pascal.
Rouge et essoufflé, Emile Bonnet, la main agrippée au lourd marteau de la porte du moulin ventilait comme un soufflet crevé.
- Eh ben l’Emile, qui qu’y t’arrive donc ? T’aurais pas rencontré le garde pêche par hasard ?
- Allez, viens donc t’asseoir et bois un canon, que t’as le gosier plus sec que le ruisseau de la Crôlait au mois d’août.
L ‘Emile en question prit place sur un banc à la table centrale, et deux paires d’yeux suivirent la descente sans sommation d’un premier verre.
- Ah mes amis, si vous aviez vu ça. Put-il enfin articuler.
- Qu’est-ce que tu veux qu’on ait vu d’abord ?
- Et pis d’où que tu sors comme ça, je te croyais à la pêche à l’étang de la Chappe.
- Attends, j’y viens. Effectivement, hier soir je m’étais dit : demain c’est dimanche, tu vas t’en aller à la Chappe voir si les tanches sont enfin réveillées. Seulement ce matin quand j’ai vu le temps, je me suis dit, vu comme ça berrouasse je vais plutôt aller au marais, comme ça je pourrai venir me réchauffer au moulin. J’avais même pris des andouillettes pour faire dans la cheminée.
Les trois verres furent à nouveau remplis.
Auguste se leva pour remettre une bûche dans l’âtre.
- Je me suis installé au trou près du grand frêne après les barrières rouges du père Langlot.
Auguste acquiesça :
- Il est fameux ce trou. Ah ‘faut le connaître et pis on peut y aller qu’en barque, mais pour sûr il est fameux.
- Je prends deux gardons au blé, et je tends mes lignes à vif.
Ca mordait bien. Ca oui, presque à chaque coulée, je rajoutais un gardon dans ma filoche. Vers onze heures un quart alors que j’avais posé ma canne et que je buvais un coup, j’ai un départ au vif. Le fil partait, partait du moulinet. Je prends la canne, je le laisse bien avaler, et je ferre.
Vingt dieux mes amis, vous ne pouvez pas imaginer ce que j’avais au bout. Un bec, énorme, tel que je n’en avais jamais vu.
Aussitôt ferré il a sauté hors de l’eau, entièrement. Et il a cassé le crin en retombant. Pour sûr il faisait bien trente livres.
- Trente livres aujourd’hui, trente-cinq demain et quarante la semaine prochaine.
Auguste, l’air songeur, regardait son verre vide.
- Et pis t’étais t’y à jeun ce matin ?
- Qu’est-ce que t’insinues par-là Napoléon ?
André Palisse avait été affublé de ce surnom le jour où, fin saoul, se prenant pour le grand stratège, il avait attaqué, chevauchant sa bicyclette, le champ de maïs du maire. Sans doute dérouté par la rapidité de manœuvre de l’armée de Prussiens qu’il affrontait, il avait été capturé par un massif de ronces duquel il n’avait jamais pu s’extraire seul.
- Je t’insinue rien du tout ; tout ce que je sais c’est que s’il y avait un brochet de quinze kilos dans le marais, ça se saurait.
- Mais puisque je te dis que je l’avais au bout de ma ligne cré vingt dieux !
Auguste se leva.
- Bon c’est pas le tout, mais il commence à faire faim. T’as laissé les andouillettes à la barque ?
- Ben j’étais tellement retourné que j’y ai plus pensé sur le coup.
- André, prépare les braises, l’Emile et moi on va les chercher. Et sors donc deux bouteilles de Saint Pourçain qu’on meure pas de soif en revenant.
Les deux hommes passèrent le pas de la porte, et Auguste se retourna.
- Hé Napoléon, laisse-en-nous un peu quand même.

mercredi 16 mai 2007

Photographie

[cliquer sur la photo pour l'agrandir]

Coup du soir.

Tout le contraire d'une photo prise sur le vif, mais j'aime beaucoup le résultat.

Cet "autoportrait en pied et waders" a été réalisé sur la Dordogne en amont de Beaulieu, en pose lente, appareil posé sur les galets de la rive, avec retardateur.

Le plus difficile après avoir déclenché était de courir me mettre en position sans m'étaler dans l'eau, sachant que les galets ronds sont très glissants au printemps et en été car recouverts d'une fine pellicule d'algues.

L'image a été travaillée sous Photoshop pour l'adoucir et en polir la lumière, puis j'ai rajouté le cadre, qui n'apporte rien à la photo mais qui me plaît bien.

NB : En décrivant les ingrédients de la recette de cette photo, je me rends compte que j'en casse l'atmosphère, mais c'est la règle du jeu que je me suis donnée pour cette partie "photographies"...

Quand les filles vont à la pêche

La gaffe.
Celle là je ne l’ai pas volée.

Je le sais bien pourtant que c’est jaloux une fille.

Mais un moment d’inattention, une déconcentration passagère, et paf, la bourde, la gaffe, la boulette.
Ce matin ma moitié, ma Karine, celle qui me supporte depuis des années me lance un « alors comme ça avant de pêcher avec Aymeric tu y allais tout seul au bord de l’eau ? »
Comme ça, à froid, je n’ai pas immédiatement fait le rapprochement avec mon compte-rendu d’ouverture du carnassier 2007 ( http://stephane-hadjoudj.blogspot.com/2007/05/pche-aux-carnassiers-cest-reparti.html ).
Le temps de connecter mes neurones et de passer en mode de décryptage « fille agacée », c’est à dire une paire d’heures plus tard, je me suis fais la remarque qu’elle exagère tout de même de prendre la mouche pour si peu.


Quoi ? Elle a pêché avec moi pendant … 13 petites années. ‘pas de quoi en faire tout un plat.
En plus au début il s’agissait simplement pour elle de m’accompagner, histoire de me voir en-dehors des cours. Et puis elle pouvait faire plein de choses pour passer le temps : lire, broder, ou lire, ou bien broder, ou encore prendre un bouquin ou un ouvrage avec elle.
Pragmatique, elle a rapidement décidé qu’à tout prendre, quitte à être au bord de l’eau à 6h du matin, à minuit, qu’il pleuve, qu’il vente, autant essayer de comprendre ce qu’il pouvait y avoir d’intéressant à manier une canne à pêche pendant des heures pour tenter d’attraper un poisson même pas préparé (alors qu’au Super Shoppi Géant le poissonnier te le vide ou lève les filets sans supplément de prix) qu’en plus une fois sur deux on remet à l’eau après lui avoir fait une bise.
Après avoir écarté l’hypothèse de la zoophilie à mon sujet, elle a donc récupéré une de mes cannes (dans ma bonté je lui avais fait don d’une vieille nouille dont je ne me servais plus) et a commencé son apprentissage, sous mon regard bienveillant mais assez rapidement agacé de vieux maître es halieutique qui aimerait tout de même avoir un peu de tranquillité au bord de l’eau, merci.
D’accord il lui a fallu en quelques mois acquérir ce que j’avais mis 15 ans à apprendre, sous mes sarcasmes de vieux loup de mer « comment est-ce que tu as réussi a faire un nœud pareil ? Bravo tu en as un ; c’est un poisson-chat, vas-y, attrape-le au vol ! Mais non ça ne pique pas, ‘faut juste être un peu doué ! Comment ça décroche-le moi ? pas question, j’ai du boulot moi, je pêche ».
D’accord, elle s’est vite prise au jeu.
Comme c’est à cette époque que j’ai découvert la pêche à la mouche, nous avons fait notre apprentissage ensemble.
Là, entre 1997 et 2001, les parisiens aisés que nous étions écumaient durant tous leurs week-end et leurs vacances les haut-lieux français de la pêche au fouet ainsi qu’un grand nombre de réservoirs…Dordogne, Verdon, Ain, Loue, Sorgues nous ont vu poser nos mouches le temps de quelques soirées d'été, avec plus ou moins de succès mais toujours avec bonheur.

Bon, je dois reconnaître que cette Karine là pouvait donner quelques leçons de lancer, de poser et même de montage de mouches à beaucoup de chapeaux à plume masculins.
Cela donnait lieu d’ailleurs à des scènes assez cocasses sur les réservoirs que nous fréquentions où les mâles en question étalaient à qui mieux mieux leur science et leurs capacités de lanceurs pour finalement se faire moucher pas une donzelle qui s’excusait de leur piquer les poisson sous le nez…
Allez, je ne donne pas de noms, il n’y a pas encore prescription !

Je parle au passé car depuis 2003 et la naissance de Mathilde, puis celle de Ludivine l’année dernière, la tâche s’est singulièrement compliquée pour ma moitié question temps libre au bord de l’eau. Autant dire que depuis quatre ans elle profite de ses enfants à la maison quand je vais affronter seul les dangers aquatiques. Malgré l’évolution des mentalités, c’est encore l’apanage de l’homme que de pouvoir appliquer le « courage fuyons à la pêche » en laissant sa compagne se dém… avec les gamines.
On aura atteint l’égalité des sexes lorsque Karine me dira le vendredi soir « chéri, tu t’occupes des petites demain, je serai à la pêche avec une copine. Pense à étendre le linge et repasser les affaires de Mathilde ».

Mais tout de même, ce matin, j’aurais voulu répondre à sa remarque « Mais enfin, tu (n’)es (qu’)une fille voyons, ça ne compte pas à la pêche. Avec Aymeric en barque là c’est du sérieux. »

Pourtant c’est vrai quoi, elle n’est qu’une fille…
Bon, en y réfléchissant bien, il y a peut-être quelques fois où par une chance inouïe, par un hasard insolent elle a pu me moucher quelque peu.
Une fois ou deux…

Je me souviens, et elle aussi, d’un coup du soir sur la haute rivière d’Ain, quelques kilomètres en aval de Champagnole patrie d’Aimé Devaux, le père du montage avancé.
C’était en juillet 99 ou 2000 je ne sais plus.
Nous avion garé la voiture au bord d’un chemin puis traversé en waders les prés qui descendaient vers la rivière.
Il faisait un temps orageux, comme souvent en fin de journée d’été dans le Jura, quand il a fait trop chaud. Arrivés au bord de l’eau, nous nous étions séparés de quelques dizaines de mètre, chacun choisissant le poste le plus prometteurs pour le coup du soir.
La rivière fait à cet endroit une quarantaine de mètres de large et roule un courant assez puissant sur des fonds de tuff qui abritent les plus grandes densités de truites qu’il m’ait été donné de voir.
Je m’étais arrêté sur un poste où les truites étaient actives sur l’autre moitié de la rivière. Je voyais distinctement une dizaine de poissons attablés sur des ignita me semblait-il.
Seul souci, le courant puissant m’interdisait de m’avancer plus loin que le tiers de la largeur de la rivière et rendait difficile la présentation de mon imitation à une quinzaine de mètres de distance. Parce qu’évidemment les poissons se tenaient dans une zone de calme.
Bref, je m’agaçais à pêcher ces truites qui auraient été si simples à prendre depuis l’autre rive, essayais de m’avancer au maximum dans l’eau au risque de prendre un bon bain en waders, mouillais successivement mes manches, mon gilet puis mon pantalon après avoir embarqué de l’eau lors d’un dérapage, et ne prenais pas grand chose.
Pendant ce temps, ma Karine s’était elle judicieusement postée face à « ses » poissons, et me lançait beaucoup trop régulièrement à mon goût des « encore une » des « oh elle est belle celle là ! » des « tu devrais venir » qui achevaient de me noyer.

Elle pris ce soir là sept beaux poissons, et moi une belle leçon.


Une autre fois nous nous étions lancés dans un concours organisé par Fabien Rety, le propriétaire du réservoir « Green Lake », une ancienne gravière d’environ 7Ha située tout près de Bourges.
C’était l’époque où nous partions de Clichy tout les samedis à 6h du matin direction le Cher pour ne remonter le dimanche soir qu’après l’apéro et les discussions d’après pêche qui nous menaient souvent vers les 22h.
Fabien organisait, et organise probablement toujours des concours à thème.
Il s’agissait cette fois-ci de ne pêcher qu’en sèche.
Ce concours faisait suite au Trophée Bambou, concours par équipe de deux pêcheurs qui imposait l’utilisation d’un canne dans le matériau en question à l’occasion duquel nous nous étions très honorablement placés, mon partenaire et moi-même. Mon partenaire qui n’était pas Karine.
Pour le concours « sèche », en individuel, Karine avait décidé de jouer.
Ma mémoire, c’est étrange me joue des tours quelquefois, et je serais bien en peine de dire quels furent nos classement respectifs. Hum…
Ce dont je me souviens, c’est que j’avais toutes les peines du monde à faire monter ces satanées truites sur mes mouches alors qu’il aurait été si facile de leur faire engamer un leurre immergé.

Karine pendant ce temps, je me demande encore quelle mouche miraculeuse elle avait fixée à son bas de ligne, pêchait calmement, sereinement, et sortait truite sur truite. Le truc en fait était de laisser la mouche dériver inerte en surface pendant très longtemps, plusieurs minutes s’il le fallait, en restant près à ferrer. Là où je m'escrimais à pêcher vite et faux, Karine pêchait posément, restait concentrée, et prenait des poissons très éduqués qui fuyaient les posés trop fréquents et n’acceptaient pas de monter sur une mouche avant de l’avoir observées avec circonspection pendant un temps fou…

Dernier souvenir, Sénégal, septembre 2001.
Les tours jumelles viennent de s’effondrer.
Nous savourons notre voyage de noce. Voyage de pêche il va sans dire.
Après les carpes rouges, capitaines plexiglass et raies pastenagues de la mangrove, nous cherchons les espadons voiliers au petit large de Dakar. Mais les dizaines de prises par jour rapportées par les revues spécialisées ne sont pas pour nous (« vous seriez venus en juillet, là c’était autre chose !!!! »). Mon seul poisson se décroche au bout de trente secondes parce que j’ai insisté pour le ferrer seul, et que j’ai juste oublié de ferrer correctement.
Karine, elle, viendra à bout du sien. Non sans avoir failli passer par-dessus bord, certes, mais au final, elle a son poisson, et moi mes yeux pour pleurer mon échec. C’est le sel des embruns.

Un autre matin, trop de houle pour le voilier, on nous conduit sur un poste à carangues. Là, Karine enchaîne les prises de poissons d’environs 8kg pendant que j’amorce consciencieusement les parages jusqu’à ce que mon estomac implore pitié.
A bien y réfléchir, je crois que c’est la seule fois de ma vie que j’ai sincèrement souhaité arrêter une partie de pêche…
Je me console en me disant que Christophe Colomb aussi devait avoir le mal de mer.
En attendant, de carangues point. Karine me montre les photos des siennes de temps en temps, quand je suis trop pénible..




Bon, je crois que cet été, quand les gamines seront chez leurs grands parents, nous feront à nouveau quelques sortie ensemble.
Je prendrai cependant soin de les réaliser loin des regards indiscrets, juste au cas où ma gonzesse me donne une fois de plus une bonne leçon de pêche.
On a sa fierté de mâle quand même !

lundi 14 mai 2007

Pêche aux carnassiers, c'est reparti !


Samedi 12 mai 2007, ouverture de la pêche aux carnassiers en Corrèze comme dans une moitié des autres départements.
Avec Aymeric, nous avons jeté notre dévolu sur le lac de barrage de Hautefage, découvert l'année dernière, et qui nous avait souri après quelques sorties tâtonnantes...

7h30, nous arrivons sur les lieux de nos retrouvailles avec sandres et brochets.
Nous avons choisi de ne pas être trop matinal en ce jour traditionnel d'affluence au bord de l'eau.
Bien nous en a pris, car en abordant la mise à l'eau, nous constatons qu'en cet endroit habituellement quasi désert sont stationnés une douzaine de véhicules avec remorques : il a dû y avoir la queue à l'aube pour mettre les bateaux à l'eau !

Seconde chance, les dieux de la météo semblent de notre côté, puisqu'au lieu des averses annoncées, le temps gris est très calme et fait rapidement place à de belles éclaircies et à une température agréablement clémente.

Nous savourons les premiers instants de ces retrouvailles avec le lac chéri en masquant notre joie, que je sais profonde et sincère, derrière quelques commentaires virils sur les succès halieutiques sur le point de nous auréoler de gloire auprès des nombreux ferrailleurs et pêcheurs au vif qui nous entourent.

Retrouver le complice de pêche, le camarade de succès, de mémorables bredouilles aussi est, quoi qu'on n'en dise un mot par pudeur, le plus important.

Hier, j'ai passé plusieurs heures à bichonner la barque, à charger, recharger la batterie, m'assurer que tout sera prêt, paré pour le grand jour, que chaque élément d'accastillage sera à sa place, que rien ne viendra contrarier la perfection de cette journée à venir. J'ai vidé, nettoyé, réaménagé ma caisse de pêche, pour une fois rangé chaque leurre à sa place, soigneusement, attentivement considéré le piquant de chacun des hameçons qui arment mes leurres favoris.

Moi qui suis, à longueur d'année, je le reconnais volontiers, le plus désinvolte des pêcheurs lorsqu'il s'agit de m'occuper de mon matériel, ce qui m'a déjà valu et me vaudra encore, je le sais, des oublis, des pertes et des casses de matériel, j'ai bichonné mon équipement, remplacé la tresse des bobines de mes moulinets, modifié des montages, refait la ligature d'un anneau de canne à la solidité incertaine.

J'ai tué le temps en attendant l'heure de mes retrouvailles avec l'eau.
De nos retrouvailles, à Aymeric et à moi avec le bateau, le lac et les poissons.

J'ai longtemps ignoré l'importance de la pêche à deux. Longtemps j'ai profité seul les rencontres avec l'eau et ses mystères.
Plaisir égoïste et pourtant ô combien savoureux.
Dieu merci, je connais désormais le bonheur décuplé de partager ces moments de sérénité et de plénitude.

En ce matin d'ouverture de la pêche cependant l'heure n'est pas à ces considérations philosophico-mielleuses : l'heure est grave : La compétition attend.

Quatre barques et six pêcheurs du bord sont déjà en place, et il s'agit de sauver, préserver ou assurer notre honneur de pêcheur d'exception face à ces concurrents de circonstance.

Même si nous nous en défendons, il est bien évident que nous observons et nous savons observés.
Epiés même.

Il s'agit de montrer à ces pêchaillons, écumeurs de frayères même, pour deux des barques en poste qui ont placé six ou huit vifs chacunes sur les fonds de 2 à 3 mètres d'une plage en pente douce qui fait face à la mise à l'eau, que les professionnels de la pêche sont arrivés et vont commencer leur démonstration.
Hormis deux pêcheur aux leurre souple à pied, toutes les cannes semblent eschées de vifs.
Nous montons nos leurres, jerk et spinnerbait mais surtout leurres souples, Turbo Shad Bass Assasin, nos fétiches, sur plombs sabots 10 et 14gr.
Remontés comme des coucous suisses, nous commençons à dériver au moteur électrique en suivant les anciennes berges de la rivière noyée, sur des fonds de 5 à 8m.

Très vite je touche un charbonnier par 5,5m de fond. Touche hyperviolente sur mon Shad.
Probablement sur un nid ce poisson ; j'imagine que le niveau du lac a monté de plus d'un mètre depuis la ponte.
Photo et remise à l'eau immédiate.
Les viffeurs sont néanmoins prévenus, nous ne sommes pas venus pour faire de la figuration !

8h30, il est l'heure du rituel café croissants, un plaisir que nous savourons systématiquement lors de nos sorties matinales en barque.

On se rapproche d'arbres morts qui émergent en bordure.
Le long de la berge, à perte de vue, les poissons blancs sont en train de frayer : Gardons, rotengles, brèmes et même carpes s'agitent contre la rive.
Et ce sont des remous, des sauts, des éclaboussements, des convulsions de dizaines, de centaines de poissons, de toutes sortes et de toute taille qui animent et réveillent le lac.

Qui intéressent également au plus haut point les nombreux couples de Milans noirs dont les jeunes au nid, réclament leur pitance.
Deux coups de jerkbait, "Arnaud" d'Illex inauguré pour l'occasion me rapportent un sandrillon plutôt goinfre qui repartira sans encombre.



Pour ne pas être en reste, et surtout ne pas boire le café sur un capot ('faut pas être superstitieux, ça porte malheur!!), aymeric convainc une perche(tte !) de se saisir de son poisson nageur.

Deux croissants plus tard,, je décide d'un commun accord unilatéral qu'il est plus que temps de repartir à la Verticale sur le lit de la rivière.
Dans mon dos, Aymeric répond que "c'est bon".
Je démarre le moteur électrique avant de me rendre compte que son exclamation ne validait pas ma décision mais répondait à la touche qu'il venait d'avoir.
Un charbonnier "douteux", presque blanc quoi, arrivait alors au bateau.
Pas encore un record de France, mais un plaisir immense néanmoins de constater un fois de plus que nos compagnons jeu répondent présent à sollicitations amicales.
Allez hop, remise à l'eau pour le pitchoun, et nous repartons à l'aventure.

Il est 10 heures, et nous avons devant nous une entière journée de pêche, qui sera simplement coupée par l'indispensable collation.

Frugal repas des ascètes que nous sommes : jambon cru, pâté de campagne, sardines à l'huile, un ch'ti bout de pain pour accompagner l'andouille de Guéméné, un canon pour ne pas mourir de soif sur l'eau, et la fin de notre non moins indispensable thermos de café.
Je suis très surpris de constater que les vairons que j'avais apporté, mis à l'eau à une arrivée de ruisseau durant le repas, n'ont intéressé ni perches ni sandres...
Dire que ces mêmes poissonnets, jetés dans mon aquarium qui héberge quelques perches, ont une espérance de vie de l'ordre de la fraction de seconde ! Mais où sont les perches ?

Je garde pour moi la suite de cette belle journée. Elle embellit mon jardin secret.

Quelques autre sandre furent pris, tous petits.
Un grand nombre de touches furent sans suite, ratées, poissons dépiqués, essentiellement par manque de concentration.
Je sais rater le poisson de ma journée par 9m de fond dans des arbres noyés en milieu d'après-midi, après une touche lourde suivie d'un arrêt total du leurre sur le fond que je ferre "dans le vide".
Aymeric décroche un joli poisson à la barque à la deuxième tentative de prise à la main, alors qu'appareil photo en main je m'apprêtais à déclencher.
Les réflexes ne sont pas tous revenus après la trêve hivernale, et la réussite est moyenne : nos sept petites prises sont bien maigres comparées au nombre de touches sans suite...
Malgré tout, cette journée nous laisse en bouche l'avant-goût prometteur des parties de pêche à venir cette année.

La vie est belle.




Dimanche 13 mai 2007 matin


Petite sortie solitaire à deux pas de chez moi sur le lac de La Vallette, à Marcillac-La-Croisille.

Je cherche les sandres à la Verticale par 6 à 15m de fond, sans succès ni même la moindre touche.

Un brochet vient néanmoins saluer le gros leurre Prologic que j'inaugure pour l'occasion en fin de matinée...

Petite photo au retardateur, et remise à l'eau.

mardi 1 mai 2007

Silure en France. Vous avez vos papiers ?

Silure glane - env 1880
Merveilles de la nature / les poissons & les crustacés - A.E. Brehm

["On peut dire, écrit Gesner, que cet animal est vorace, tellement qu'une fois on a trouvé dans l'un d'eux une tête humaine et une main portant deux anneaux d'or ; il dévore tout ce qu'il peut atteindre, oies, canards, n'épargnant pas même le bétail quand on le mène paître, et le noyant." Ces faits ont été confirmés par plusieurs observateurs, tout exagérés qu'ils paraissent être. D'après Valenciennes, "on assure que le silure n'épargne même pas l'espèce humaine. En 1700, le 3 juillet, un paysan en prit un près de Thorn, qui avait un enfant entier dans l'estomac. On parle en Hongrie d'enfants et de jeunes filles dévorés en allant puiser de l'eau, et l'on raconte même que sur les frontières de la Turquie, un pauvre pêcheur en pris un jour un qui avait dans l'estomac le corps d'une femme, sa bourse pleine d'or et ses anneaux." Heckel et Kner rapportent également qu'on trouva dans l'estomac d'un glanis capturé à Presbourg les restes d'un jeune garçon, dans celui d'un autre un caniche, dans celui d'un troisième une oie que l'animal avait noyé avant de dévorer. Les habitants du Danube et de ses affluents, écrivent les ichtyologistes dont nous venons de citer les noms, redoutent le Silure."]
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Ce passage est extrait d'un ouvrage de la fin du XIXème siècle, "Merveilles de la nature", tome traitant des poissons & crustacés.
On y retrouve, à propos du silure, inconnu en France à cette époque, tous les ingrédients qui concourent à la fabrication et la propagation de rumeurs et de désinformation :
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1- l'ouvrage en question est censément sérieux. Il s'agit certes d'un livre de vulgarisation, mais rédigé pour sa partie "poissons" par le Directeur de la station aquicole de Boulogne-sur-mer s'il vous plaît ! Pas par le premier journaliste de torchon à sensation venu. Par ailleurs, beaucoup d'autre articles traitant de poissons couramment rencontrés dans nos eaux montrent une rigueur scientifique satisfaisante.
Le lecteur confiant abordant l'article dédié au silure pourra être abusé par le contenu du reste de l'ouvrage : "puisque je sais que le reste est vrai, pourquoi devrais-je mettre en doute cet article ci ?"
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2- L'auteur en question n'a vraisemblablement jamais étudié ni même vu de silure glane. Il parle de ce qu'il ne connaît pas.
Comment faire alors ? Facile, il masque sa méconnaissance du poisson derrière des affirmations attribuées à d'autres, de préférence scientifiques connus dont la notoriété garantit la véracité des dires.
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3- L'auteur noie les objections par la multiplication des exemples d'exactions commises par le silure. Tente de crédibiliser son propos par la fourniture de détails précis (dates, lieux, nature des faits...).
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4- Le mode de présentation des "faits" relatés traduit cependant l'absence totale de rigueur et de vérification des sources, et permet d'identifier assez simplement la supercherie :
"on assure, on parle, on raconte que, Untel rapporte que, faits confirmés par plusieurs observateurs..."
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De façon générale, en présence de telles syntaxes, la méfiante s'impose !
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Il faut dire également que le sujet, silure glane de son état, cumule les provocations. Le délit de sale gueule qui lui colle à la peau, s'il n'est pas acceptable est du moins compréhensible. Voyez par vous-même :
Tout d'abord, le terrain est favorable aux rumeurs : ce poisson est à l'époque totalement inconnu dans nos eaux. Toutes les fausses vérités colportées à son sujet ne peuvent donc pas être aisément contredites par l'observation courante.
Ensuite, même dans les zones où il est présent, ses lieux de vie, essentiellement rivières larges et profondes, aux eaux troubles, ne se prêtent pas à une observation facile. On en déduit rapidement qu'il s'agit d'un poisson de fond, qui fuit la lumière, se complaît dans la vase...caractéristiques qui prêtent le flanc aux qualifications inquiétantes d'animal de la nuit, qui se cache (vous pensez qu'il se cacherait ainsi s'il avait la conscience tranquille ?!).
Associé aux dimensions exceptionnelles que peut atteindre ce poisson, le fantasme se développe rapidement, du monstre tapit dans les eaux boueuses, prêt à emporter pour le dévorer, l'imprudent qui aura pénétré dans son monde inquiétant, ne serait-ce que du bout de l'orteil.
Tous les ingrédients sont là. Sa physionomie étrange complète le tableau à charge, son absence d'écailles, sa peau recouverte d'un mucus épais et visqueux, sa gueule largement fendue, et son sourire "inversé".
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Finalement, dans cette histoire, l'étonnant eût été que le silure, tout comme le requin, n'ait pas mauvaise presse auprès du citadin.
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Alors, quand dans les années 1990 son expansion géographique et démographique en fait un animal couramment rencontré dans les eaux de l'hexagone, surtout sur l'axe Saône -Rhône à l'époque, tout naturellement, le fantasme refait surface, de l'homme susceptible de se faire dévorer "chez lui", en France, même pas dans une jungle lointaine mais sur la plage des bords de Saône où ses gamins pataugent en été.
Se faire dévorer! Vous vous rendez compte ?
Et comme les attaques d'humains se font attendre, on commence par les chiens, c'est plus facile à faire avaler, au silure et au lecteur !
Entre 1995 et 2000, les articles fleurissent dans la presse généraliste, presse quotidienne régionale mais aussi nationale, qui reprennent le trop facile "les dents de la Saône"...
Et la rumeur renaît de ses cendres, contamine les esprits...
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Comment dans ces conditions gérer de façon objective et sereine ces populations "d'immigrés" qui viennent envahir nos eaux nationales, et bouffer, non pas le pain des français, mais "leurs" brochets, leurs sandres, leurs chiens et bientôt leurs enfants !?!
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Dans ce contexte et avec le passif que connaît ce grand poisson dans nos esprits français, la "bonne blague" que la revue Le pêcheur de France a commise dans son numéro d'avril laisse le goût amer de la bêtise.
Elle était au minimum fort mal venue, et à mon sens dénote une irresponsabilité de la part d'un magazine dont les rédacteurs connaissent, de part leur position et leur état, la perception que le grand public a du silure, et le fossé qui sépare ce mythe de la réalité.
Irresponsabilité ou bien intention malveillante à son égard, mais je ne veux pas croire à cette hypothèse...
Les faits ?
Dans son numéro d'avril, le traditionnel poisson, auquel une revue, de pêche par surcroît ne saurait se soustraire, consistait en une double page couleur montrant plusieurs photos prises "sur le vif", avec dans le rôle du vif un enfant puis un adulte "sauvagement attaqués" par un silure de deux bons mètres de long sur une plage...
Avec, en accroche, sur la couverture du magazine, une photo couleur d'un silure en train "d'attaquer" un enfant, barré d'un "Exclusif", "l'Horreur" digne des plus grands magazines de la presse de caniveau.
Photo bien visible sur les présentoirs des maisons de la presse, histoire de redorer la blason du silure dans l'esprit du français moyen.
On va me reprocher mon absence de sens de l'humour.
Si j'ai écrit cette "prise de tête" là, c'est parce que, ne lisant pas la revue en question, j'en ai découvert l'article sur le comptoir d'un ami membre du bureau de mon AAPPMA sous forme de photocopies couleurs communiquées par le président de l'AAPPMA. Il n'était alors malheureusement pas question de poisson d'avril mais de "scoop", et j'ai eu toutes les peines du monde à convaincre qu'il s'agissait d'une "blague".
Alors je n'ose imaginer l'effet de cet "article" sur des non pêcheurs.
Desproges disait qu'on peut rire de tout, mais pas avec tout le monde. En l'occurrence, je pense que la mauvaise blague du Pêcheur de France va assombrir un peu plus l'avenir du grand moustachu en France.
Comme s'il avait besoin de cela...
Pour rétablir les vérités sur ce poisson si mal connu, je vous incite à regarder la vidéo mise en ligne durant le mois de mai 2007 sur ces sites : http://www.carnassiers.com/ ou http://www.pecheur.com/
Ce film de Jean-Claude Tanzilli, guide bien connu dans le petit monde de la pêche aux carnassiers, dingue du silure à un point que je n'imaginais pas avant de voir ces images, est le meilleur plaidoyer que je connaisse en faveur de ce grand poisson, qui ne mérite certainement "ni cet excès d'honneur, ni cette indignité".

dimanche 29 avril 2007

Photographie

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Arnarstapi, un petit village de pêcheurs sur la côte ouest islandaise.
La lumière légendaire de ce fabuleux pays était à l'oeuvre lorsque les clichés ont été pris.
Ce matin là, lorsque j'ai pris le chemin du port, un grain s'éloignait, la pluie faiblissait, laissant apparaître un soleil encore bas sur l'horizon.

L'image finale est constituée d'un assemblage de plusieurs clichés.

[ Canon EOS 300D, obj Canon standard 18-55 /f3,5-5,6 à environ 30mm, 1/250ème - f8]

jeudi 26 avril 2007

Photographie


[cliquer sur la photo pour l'agrandir]


Fulmar boréal pris en Islande, au large de Reykjavik en juillet 2004.

L'après-midi était doux mais pluvieux, et nous étions sortis en mer sur un des nombreux bateaux qui promènent les touristes quelques heures au petit large, à la recherche des nombreuses baleines qui croisent très près des côtes durant l'été arctique.
Quelques cétacés furent entr'aperçus de façon fugace, mais je retiens essentiellement de cette sortie les innombrables oiseaux de mer qui croisaient ou accompagnaient le bateau : macareux, labbes, sternes, et les fulmars qui semblaient jouer à frôler les vagues avec agilité et formaient à plusieurs des ballets aériens au ras des flots, tout en paraissant totalement immobiles...
[Canon EOS 300D, obj. Sigma 50-500/f4-6,3 à 500mm, 1/1250s - f 8]

Echelle de temps & responsabilité


Ca commence très tôt.
Ma gamine, à trois ans déjà, allait au plus immédiat.
A choisir entre une bonne mousse au chocolat faite à la main dans une demi heure et une mousse en pot disponible de suite, sans hésitation elle mangeait les bulles d’air chocolaté en pot.
Bon ,d’accord, ma gamine, à trois ans, était une gamine de trois ans.
Et une demi heure plus tard elle avait aussi le chocolat « maison »…

Mais ça s’aggrave ensuite.
Il paraît qu’en grandissant on devient plus « raisonnable ». Quel hurluberlu a pondu une telle ineptie ?
Regardez ce vieux monsieur, au bord de l’eau.
Vous le voyez là ? Vu son âge, il doit être plus que raisonnable. La sagesse même.
Il pêche. Il pêche au vif. C’est à dire qu’il a fixé un hameçon à requin sur une ligne capable de sortir Moby Dick, et a délicatement accroché au-dit hameçon un petit poisson vivant dont les mouvements paniqués vont attirer un brochet du mètre ou plus.
Non seulement il pêche, mais il a une touche.
- Bonjour, c’est un départ que vous avez là. Vous ne ferrez pas ?
- Surtout pas ! J’y laisse bien le temps d’avaler pour pas qu’il se décroche. Ah ces jeunôts, toujours pressés hein ?!
- …
Deux minute plus tard, un magnifique brocheton de…disons un bon 40 cm est sur la berge.
On voit à peine l’hameçon au fond de sa gueule.
Notre sage s’empare alors d’un « bâillon à brochet », sorte de pince à ressort en métal probablement inventée par un médecin nazi destiné à maintenir ouverte la gueule du poisson.
- Ah quel c… ce brochet, il a tout avalé.
Après une opération chirurgicale au dégorgeoir, le vieux exhibe fièrement son hameçon, sauvé de la gueule du monstre, et le cadavre du poisson ensanglanté. Je me demande si je ne suis pas en présence de l’inventeur du « bâillon » en personne.
Il sort une poche plastique et fourre vivement le poisson à l’intérieur.
- Vous savez que ce brochet ne fait pas « la maille », et doit être remis à l’eau, quel que soit son état ?
- Ca ne sert à rien que je le remette à l’eau, il ne repartirait pas.

Forcément, vu sous cet angle…
- Ah oui, ça serait dommage, il serait mangé par un milan ou pourrirait au fond de l’eau !! Mais vous vous rendez compte que vous mangez votre blé en herbe ?
- Bah, de toutes façons, ce brochet, si ça n’est pas moi qui le prend, ça sera quelqu’un d’autre, alors….

Alors autant que ce soit ce vieux monsieur. « C’est toujours ça de pris » comme il pense si fort.
Je me fais la réflexion qu’en même temps que l’interdiction de fumer dans les lieux publics, le législateur aurait utilement ajouté à son texte de loi l’interdiction de fumer complètement une cigarette avant de ferrer un brochet, comme le voulait l’usage au milieu du siècle dernier.

Cette position mesquine, à courte vue est simplement triste à l’échelle du vieil homme.
Mais rien n’est définitif.
On pourra, au retour de sa partie de pêche, au coin d’une table et devant un verre, tenter d’éveiller sa conscience avortée. On pourra peut-être ouvrir ses lourdes paupières à l’équilibre du Monde, lui montrer qu’on ne peut pas être 6 milliards de consommateurs de la planète, que son brocheton est infiniment plus précieux à l’affût sous des nénuphars que dans sa poêle à frire. On pourra lui faire prendre conscience que son humanité sera plus palpable et plus vivante confrontée à la liberté animale.

La même position à courte vue, électorale cette fois-ci, celle que tenait G. Bush père en 1992 lorsqu’il affirmait lors du premier sommet de la Terre (Rio de Janeiro) que « le mode de vie des américains n’est pas négociable », celle que son digne fils tient fermement contre vents et raison n’a pas, elle, l'excuse de l'ignorance.
Elle n'est pas simplement triste pour eux.
C’est plus qu’une nation, la planète entière qui payera le prix de cette bêtise. Il faut croire, mais qui en doute encore, que le privilège de conduire une nation et la responsabilité de garantir l’intérêt commun ne pèsent pas devant l’intérêt personnel d’assurer une réélection , d’asseoir son pouvoir et de s’enrichir.

Alors, quel surhomme saura concilier en un seul dirigeant les « qualités » nécessaires à l’accession au pouvoir suprême avec la probité la force et l’honnêteté nécessaires à la mise en œuvre de choix sociétaux impopulaires?
Qui saura relier les deux échelles de temps, celles des bouleversement climatiques à venir, de l’ordre de la centaine d’année, et celle des échéances électorales majeures, de quatre ou cinq ans, et prendre le risque d’imposer les changements radicaux nécessaires à notre survie au mépris de sa réélection ?
Je crains que la naissance d’un tel être prenne plus de temps qu’il en a fallu pour démontrer le dernier théorème de Fermat. Et comme d’ici là nous aurons vraisemblablement été malmenés par cette planète même pas foutue de s’adapter aux mode de vie américain, « j’ai peur que la fin du monde soit bien triste » comme dit Brassens.

mercredi 25 avril 2007

Question de priorités (l'avenir n'a jamais été si proche de nous)

Chacun a ses priorités, chacun a ses problèmes urgents à résoudre.
Tout le monde a autre chose à faire que d’agir aujourd’hui, pour tenter de limiter les bouleversements environnementaux qui guettent la planète au XXIIème siècle.

"Moi monsieur, avant de me préoccuper d’hypothétiques changements climatiques, dont en plus vous me dites que quoi qu’on fasse maintenant ça ne les empêchera pas de se produire, avant de m’intéresser à la disparition prochaine du thon rouge (je m’en fous, moi c’est des boîtes de thon blanc que je prends au Superdiscount), j’aimerais, si ça n’était pas trop demander, garder mon boulot, parce qu’il est question de dégraissage à la boîte.
Je ne sais pas si c’est bon pour le climat, mais ça sent le chaud pour moi…
Et puis j’ai ma bagnole à changer, ma télé écran plat que je n’ai pas fini de payer, et les traites de ma maison qui s’amoncellent…C’est ça mon environnement à moi, alors votre développement durable vous m’en reparlerez plus tard. Y’a encore pas le feu au lac, hein ?
Et puis entre nous, c’est bien beau votre réchauffement climatique, mais vu le prix du fioul je ne serais pas fâché qu’il fasse un peu moins froid l’hiver prochain ! »


On peut comprendre facilement que la moitié des habitants de la planète qui essayent de survivre au jour le jour se contrefiche de ce qui risque d’arriver dans 50 ans.

On peut concevoir que la majorité des habitants des pays développés se moque bien de savoir ce qui arrivera…après eux le déluge !
C’est déjà plus difficile, mais c’est la réalité.
Simplement je me demande où est placé l’amour, paternel, maternel de ces braves gens.
Dans quelle coquille climatisée s’est-il recroquevillé pour ne pas demander à leur conscience comment leurs nuits peuvent être sereines lorsqu’ils laissent ainsi à leurs enfants, à côté du livret A pour les études ou le permis, sur le compte débiteur de la bêtise humaine, une dette environnementale chaque jour plus importante.

" Le XXIIème siècle, pfiouuu, c’est loin. C’est un temps de science-fiction ça mon bon monsieur, on sera tous morts. Et puis les hommes seront sur mars à cette date. "

Moi, la distance qui nous sépare du XXIIème siècle me fait penser à mon arrière grand-mère.
Elle était née en 1887.
Je ne sais pas si on s’imagine bien 1887 vu de 2007.

A cette époque les forêts françaises devaient encore héberger quelques dinosaures.
Le téléphone venait de naître, il n'y avait pas la télévision, ni la voiture, ni l’avion, ni les deux premières guerres mondiales, ni la bombe atomique, pas de blogs non plus…
A cette époque le président de la république s’appelait Jules Grévy , et la république en question était la troisième..
Quand j’étais gosse, moi qui ai aujourd’hui 34 ans, nous allions avec mes parents manger chez cette vieille mémé qui avait presque été contemporaine de Victor Hugo (1802-1885)

Un siècle, c’est le bout du monde quand il s’agit d’acheter une nouvelle voiture ou quand on pense à son élection.

Près d’un siècle, c’est l’âge qu’avait mon arrière grand-mère maternelle quand elle est morte.

Quand on a des personnes à aimer, un siècle c’est court.
Court comme une vie.

Alors la prochaine fois que quelqu'un vous parlera d'environnement, d'urgence climatique, de développement durable, même si ce quelqu'un est un président de la république qui ne croit pas un mot de ce qu'il dit, pensez à votre grand-mère, à vos enfants et de grâce, ne vous dites pas qu'il n'y a pas le feu au lac.

La maison brûle comme dirait l'autre, ouvrez les yeux.




dimanche 22 avril 2007

Publicité - leurre Vivif


La pêche & les poissons - décembre 1954 - publicité
-
Pour bien se convaincre que le Shad ne date pas d'hier.
Comme l'indique cette publicité, vous aussi, faites "baguenauder" votre shad lors de votre prochaine sortie !

autre temps, autres moeurs

La Pêche & les poissons - Décembre 1954 - "courrier des lecteurs"
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Ce genre d'image est aujourd'hui impensable dans une revue de pêche, et c'est heureux !
Autre temps, autres moeurs...et pas fâché que les mentalités et comportements aient changé.

Barrage de Hautefage - (corrèze)

Les arbres noyés sont omniprésents sur le lac - attention postes chauds !

Un des mes lieux de pêche favoris. Pour la beauté du site, très peu fréquenté à cause des difficultés d'accès (pas plus de 5 accès aux rives sur 11 km de longueur, et encore moins de mises à l'eau) et la qualité du peuplement en carnassiers.
Le barrage est implanté sur la Maronne, affluent de la Dordogne (confluent entre Argentat et Monceaux).
Il est extrêmement sauvage. La vallée de la Maronne est encore assez encaissée sur cette zone, et sur chaque rive les versants boisés assez à très pentus tombent dans le lac.

L'extrême amont du lac - au fond à gauche, la mise à l'eau du hameau de Laval


De très nombreux rapaces y établissent leurs aires de la mi-mars à mi-septembre : essentiellement milans noirs, qui se comptent par dizaines de couples sur le lac, mais aussi milans royaux, buses, bondrées apivores, et le très rare circaète Jean-le-Blanc qui y était établi l'année dernière.
Les rencontres de mammifères remarquables sont également possibles, comme cette loutre en juillet dernier, qui longeait nonchalamment la rive en face de mon poste, sans être inquiétée de ma présence discrète.
Bref, le lac est à conseiller aux amateurs de calme et de tranquillité.




En matière de population piscicole, le plan d'eau est à même de satisfaire les pêcheurs les plus exigeants : une forte population de carnassiers, essentiellement sandres y est présente. La taille moyenne des prises y est très honorable, et les résultats sont réguliers pour qui prend le temps de gratter consciencieusement les anciennes berges immergées de la Maronne, les grands fûts d'arbre noyés (nombreux), et les arrivées de ruisseaux après de fortes pluies.

Hormis sur la partie amont, relativement propre, le lac est du genre très encombré, et du doigté est indispensable pour explorer avec succès ses reliefs les plus prometteurs.

Les poissons blancs y sont également omniprésents, et très peu pêchés, la grande majorité des pêcheurs qui visitent le lac y recherchant les carnassiers. J'ai souvenir d'une matinée l'été dernier pendant laquelle je pêchais du bord, sous un grand soleil, par 8m de fond. J'ai compté en trois heures de temps pas moins de 23 carpes de toutes tailles (3 à plus de 12kg) qui croisaient dans l'eau claire, juste sous la surface, toutes dans la même direction, une plage vaseuse de l'extrême amont, où je les ai retrouvées en rentrant à ma voiture, dans moins d'un mètre d'eau, occupées à retourner le fond avec méthode...

Les pieds dans l'eau

Les pieds dans l'eau, René FALLET.

Un des trop rares écrits sur la pêche produit par un des nos "grands" écrivains.
Essai que l'auteur du Braconnier de Dieu a commis en 1973. Y sont distillés ses souvenirs de pêcheur ecclectique, dans un style simple, empreint d'une sensibilité qui touchera même les lecteurs les plus éloignés de l'halieutique.

"Vous n'avez jamais vu l'aube. La vraie. Pas celle du premier train de banlieue. Seul le pêcheur sait le goût exact du matin, le goût du pain et celui du café de l'aurore. Il a, seul, ces privilèges exorbitants. Né subtil, il n'en parle pas. Il garde tout cela pour lui. C'est un secret entre le poisson et lui, l'herbe et lui, l'eau et lui.

Ce bonhomme ridicule, maniaque, grognon vit, dieu merci, dans un autre monde que celui où l'on se paie sa tête, quitte à le remplir d'inquiétude, ce monde louche, quant aux dates des consultations électorales. Il est dans l'aube comme le poisson dans l'eau. Vous aurez beau vous lever tôt, à la même heure que lui, vous n'entrerez jamais dans son matin, qui n'a pas la dimension du vôtre. Vous n'êtes pas à plaindre. C'est bien fait pour vous. Vous qui ne savez pas, et ne saurez jamais pêcher la lune, n'espérez pas vous introduire dans le jardin d'Alice. Quand bien même franchiriez-vous l'invisible fil de fer barbelé qui le protège, vous n'y verriez goutte. Que du bleu, que du feu. Restez chez vous. Vous n'êtes pas du peuple élu, du peuple des eaux et des roseaux."

que du bonheur...

"Un formidable éclaboussement secoue alors toute la reculée. Le brochet a sauté, sa gueule rouge grande ouverte pour tenter de se débarrasser de ce crochet de fer qui lui taraude les amygdales! C'est un colosse long comme un jour sans vin, et qui tient davantage du tronc de bouleau que du poisson. Il retombe dans une gerbe d'eau, satisfait d'avoir annoncé la couleur.
Vers bredouille:
-Merde ! Un...un monstre !...
Déjà résigné à ne pas voir de plus près le monstre en question, je rassemble mon sang-froid, articule :
-Il n'est pas encore au sec celui-là."
René Fallet, Les pieds dans l'eau.


17 juillet 2006.
Dernier jour de mes vacances d'été.
Je me rends une dernière fois sur les rives du lac de Hautefage, à la recherche des sandres qui ont été en ce début d'été très coopératifs avec moi.
Le lac est bas, très bas. La mise à l'eau depuis l'accès de Laval est désormais impossible. Je redeviens, le temps d'un marnage prolongé, pêcheur du bord. Je trimbale avec peine mes quatre robustes cannes télescopiques, leurs moulinets "carpe", ma glacière (il fait très chaud en ce mois de juillet), mon grand seau à vifs et ma thermos de café.
La veille au soir, je suis descendu au bord du Lac de La Valette à Marcillac-la-Croisille. J'ai péniblement attrapé quelques rotengles de 15 à 20 cm, gros pour le sandre. Péniblement car on était dimanche, je n'avais plus d'appât, plus d'amorce, et je me retrouvais, 1/2 h avant la tombée de la nuit, à courir après quelque sauterelles pour avoir de quoi escher mon hameçon.
Quelques gros rotengles, ça n'est pas la panacée pour un pêcheur de sandre, mais c'est mieux que rien.
Je me suis levé très tôt, comme à l'habitude depuis le début de mes vacances.
Hautefage est à 3/4 d'heure de route de chez moi, et par la chaleur écrasante de ces journées d'été, j'ai constaté que les sandres s'activent pendant les trois premières heures du jour. Et il fait jour tôt : 5h30.
Le réveil a donc failli sonner à 3h30 du matin. Failli, car j'étais réveillé avant lui.
Café paisible, sérénité d'un trajet nocturne où je ne croise sur la route que biches et cerfs, martres et renards.
J'ai 200m de prairie rase à traverser avant de rejoindre mon poste préféré.
Cahin caha, chargé comme une mule j'abats la distance en ahanant et en rêvant à des niveaux d'eau compatibles avec une mise à l'eau de ma barque.
5h50, les quatre montages sont à l'eau, et mes bouchons, tractés par les vigoureux rotengles, commencent leur valse à mille temps.
Je savoure cette dernière matinée de liberté totale, avec le sentiment d'être le dernier homme sur terre.
Le lac est désert.
Seuls les milans noirs commencent à s'agiter sur leurs aires : les petits ont faim, il est temps pour eux de partir en quête de quelques poissons morts. Je leur laisserai comme à mon habitude mes derniers appâts lorsque je quitterai les lieux tout à l'heure, chassé par la chaleur. J'observerai avec bonheur leurs hésitations à s'approcher de cet improbable humain, leurs trajectoires indécises, puis la parabole du plus téméraire, s'achevant à la surface de l'eau dans un éclaboussement d'eau et de lumière. Avec à la clé, un poisson entre les serres que les petits se disputeront.
Je sais que les départs ne vont pas tarder. 6h, cela commence. Un poisson, petit malgré la taille du vif. Je me fais la réflexion que décidément ces satanés sandres sont capables d'avaler de bien grosses proies lorsqu'ils ont les crocs. Deux poissons, celui-ci fait 55cm.
Puis la mi-temps habituelle. J'en profite pour déguster mon café, bien chaud, tant que le soleil n'est pas apparu au-dessus des coteaux boisés.
C'est un des petits bonheurs inestimables que de sentir cette fraîcheur lorsque je sais que dans deux heures, je cuirai sous un soleil de plomb.
Bonheur même du froid ressenti à l'aube. Il faisait 8°C à 5h. Il en fera 30 lorsque je rentrerai.
9h30, les départs ont cessé. Je baisse la garde et mon attention. Je n'y crois plus guère.
Avant de repartir, je promène mon regard dans les sous-bois qui surplombent le lac. Sur ce versant nord, l'air y reste frais, l'humidité présente. Les girolles remplissent mon petit sac.
Je n'attends rien de plus de cette matinée parfaite.
Si le bonheur existe, il ne doit pas être bien loin de moi en ces instants.
Lorsque je rejoins la rive, un des bouchons plonge vivement.
Je ferre rapidement malgré la taille du vif, ayant pris le parti de perdre quelques poissons, les plus petits, pour éviter d'avoir à extraire mon robuste hameçon à carpe n°2 de l'oesophage de mes compagnons de "jeu".
Impression fugace d'avoir accroché une rame de métro en mouvement, puis casse.
Tout cela n'a duré que quelques secondes.
Je récupère mon montage, dont l'empile en Platil Strong 22/100ème a été sectionnée bien au-dessus de l'hameçon.
Philosophe, mais pragmatique, je ne peste même pas, question de décence en une si belle journée, remonte la ligne avec un avançon en acier, puis rapproche mon bouchon du bas de ligne afin que mon prochain vif soit bien décollé du fond.
Quelques minutes plus tard, un nouveau rotengle nage en eau troubles sur les lieux de l'attaque précédente.
Mes trois autres lignes sont restées en place, j'aurais dû me méfier. La loi de Murphy joue aussi, et peut-être surtout à la pêche.
Cinq minutes plus tard, l'une de ces trois lignes à sandres se déroule à une vitesse qui ne laisse guère de doute sur la taille du client qui a décidé de tailler bavette avec un de mes rotengles.
Je ferre immédiatement pour éviter d'avoir à constater une fois de plus le tranchant des dents de brochet.
Ma rame de métro est repassée, et cette fois elle est lancée à pleine vitesse.
Trente secondes s'écoulent, puis une minute, mon empile tient le coup.
Je doute de la nature du grand poisson qui défend sa peau, 50m devant moi, sous quatre mètres d'eau.
Il se bat lourdement, très lourdement, plus lourdement que tout ce que j'ai pu tenir à ce jour, silures mis à part.
Il a réduit la vitesse, il tient le fond, semble se calmer, réfléchir à quel tour me jouer dans cette eau où souches et branches sont nombreuses.
Il est si puissant que malgré le bras de levier des 3m7 de ma canne, malgré mon moulinet à la bobine surdimensionnée, au frein performant, malgré la traction que je lui imprime, proche de la rupture de mon bas de ligne, je n'ai aucune influence sur les trajectoires qu'il a décidé de prendre.
Et le moulinet chante doucement, et j'assiste impuissant pour l'instant, aux déplacements de ce poisson.
Ça n'est pas un brochet. Un brochet m'aurait probablement coupé. Un brochet se lancerait dans des rushes puissants et très rapides, mais assez brefs. Un brochet combattrait plus en surface, sauterait hors de l'eau.
Ça ne peut pas être un brochet.
Alors c'est un sandre.
Mais si c'est un sandre, c'est le plus gros que j'aie jamais tenu ni même imaginé.
A la fin du premier quart d'heure de lutte, le fil est passé sous une branche immergée. J'ai senti avec angoisse le nylon frotter contre le bois pendant d'interminables secondes.
Par chance, le poisson dans son trajet a libéré la ligne de l'obstacle.
Durant 45 minutes je ne l'ai pas vu.
Durant 45 minutes il est resté obstinément au fond.
Il m'a promené tout ce temps, de gauche à droite, de droite à gauche, 50m d'un côté, puis 50m de l'autre.
Durant 45 minutes ma canne a été courbée au maximum de ce que mon fragile bas de ligne pouvait admettre.
Mon bras était douloureux, mon inquiétude grandissait à mesure que les minutes s'écoulaient sans que cet adversaire fabuleux ne donne le moindre signe de fatigue. Je savais que le nylon avait souffert, que chaque seconde de plus me rapprochait de la casse tant redoutée.
Mais à la quarante-cinquième minute, je l'ai enfin senti craquer.
Lui qui avait jusqu'à présent refusé de monter combattre en pleine eau se laissait enfin convaincre de rejoindre la surface.
Droit devant moi, à 10 mètres, sous le fort soleil, je vois apparaître le plus gros brochet de ma vie de pêcheur. Il croise quelques secondes en surface avant de sonder à nouveau.
Je suis alors tout à la fois rassuré de constater que le grand poisson faiblit, et paniqué à l'idée de sa taille, au fait que je suis seul et sans épuisette, avec au seul endroit où un échouage est possible, une souche immergée qui a déjà sauvé la mise à quelques sandres vigoureux.
Mais le brochet a tout donné, il se rend. Replonge encore deux ou trois fois avant d'abandonner définitivement la partie.
Lorsque je l'amène à mes pieds c'est tout juste s'il frémit encore.
Je l'allonge délicatement sur l'herbe et le contemple en tremblant. Il mesure 1m13.
J'observe alors l'endroit où a pénétré mon hameçon : à la commissure des lèvres, sur l'extérieur de la gueule.
Chance inouïe au ferrage.
Le combat a duré 50 minutes, qui sont désormais gravées dans ma mémoire
Plus tard, de retour chez moi, je chercherai le bas de ligne perdu lors du premier départ.
En vain.

Sandre


Sandre


25 mars

Lac de La Valette, petite sortie au ver, sous une balle nickelée.
Temps gris, calme, air à 7°C, eau à 9,5°C.
Perchettes à charles-haut, un sandre de 45 et deux coupes nettes de broc aux bois noyés côté ruisseau de Marcillac (-9 et 10m).
Vivmeent que le bateau soit enfin équipé de ses sièges !
Penser à fixer un collier sur l'arbre du moteur électrique pour qu'il cesse de glisser vers le bas en cours de pêche.

11 mars

Fermeture du sandre.
J'en dépique probablement un aux bois noyés coté ruisseau de Marcillac.
Quelques tapes sans suite au Shad Bass Assassin.
Deux perches moyennes à -11m.
Bref, pas grand-chose à se mettre sous la dent, je n'ai pas su tirer mon épongle d'un jeu qui pourtant semblait bien là...
A la mise à l'eau je croise un pêcheur aux leurre sur son Carolina Skiff, qui m'annonce avoir déjà piqué une perche de 2,6kg sur le plan d'eau, ô rêve...

8 mars

Lac de La Valette, toujours, avec Aymeric.


Température d el'eau 9 à 10°C, beau temps froid.


Capot à Charles-haut.


Les perches ne semblent plus là ; pourtant le grand banc de poisosns blancs est toujours stationné autour de -9m.


Aymeric sauve la bredouille du matin en sortant, juste avant la pause casse-croûte, au Shad, un brochet qui frôle les 20cm.

Journée noire jusqu'à 16h, où enfin nous trouvons les perches à l'arrivée du ruisseau de Marcillac. Dans 1m d'eau, elles sont là, nez au courant, entre les gros blocs qui parsèment le lit du ruisseau. Une quinzaine de poissons se laisseront tenter par nos leurres.


4 mars

Lac de La Valette.

La température de l'eau est sensiblement montée : la sonde mesure 9 à 10°C en surface.

A Charkes-haut toujours, deux belles perches postées sous un énorme banc de poissons blancs stationnant tout près du bord entre 8 et 10m de fond se laissent tenter par le classique Turbo Shad blanc nacré. La plus grosse fait 1,4kg, le ventre distendu par la dépressurisation de la vessie natatoire et par les grappes d'oeufs qu'elle porte.



Je la conserve dans le vivier du bateau avec sa compagne d'infortune, et les déposerai délicatement à mon retour dans le grand aquarium du salon.

Le lendemain au réveil je retrouve la "petite" en pleine forme, qui a recouvré son équilibre, après plus de douze heures de rééquilibrage de la pression de sa vessie natatoire (pas rapides les échanges gazeux), la "grosse" est morte :-((.

Dans les bois noyés à l'arrivée du ruisseau de Marcillac je prends un sandre de 54cm, premier poisson au Shad Pafex coloris mulet qui me paraissait bien rigide pourtant (-13m)...

10 & 18 février

Rien d'intéressant : trois sandres à peine maillés, qui ont évidemment retrouvé leur élément.
Le plus profond de l'hiver : -17m, au shad AMS vert sombre taille XL

4 février


Nous inaugurons notre barque boat, toute moquetée. Les sièges de combat restent à venir.

Leur absence ne nous met pas en grande difficulté aujourd'hui, le marlin du veil homme et la mer ayant dédaigné nos leurres.


Lac de La Valette, avec Aymeric.

Sandre non maillé à Charles-haut, -15m

perches au ponton, dont une belle, -13m

Turbo Shad Bass Assassin blanc nacré

Température de l'eau : 5 à 6 °C

28 janvier

Lac de La Valette, avec Benoît.
Sandre de 48cm à Charles-haut devant le poton, -12m
Quelques tapes sans suite, surtout sur la plage de la base nautique
Température d el'eau : 6,5°C
Très ensoleilé mais froid.

21 janvier


Avec Aymeric - Lac de La Valette, Charles-haut
Température de l'eau : 7°C
Perche devant le ponton, -15M
Sandre non maillé et un dépiqué à -9m
54cm sur la plage de la base nautique, -11m
Turbo Shad Bass Assassin blanc nacré
Beau temps

5 janvier


5 janvier après-midi : Lac de La Valette, Charles-haut.

2 sandres de 59cm

leurre Pafex 10cl translucide queue jaune

profondeur : 12m

température de l'eau : 8,5 °C

Temps gris


samedi 21 avril 2007


Barque boat : nm - Fier esquif destiné aux pêches sportives en eau douce.
synonyme proche : coquille de noix, barquette, Pitalugue
synonyme éloigné : bass boat tout équipé avec moteur 80ch, sondeurs avant et arrière, moteur électrique à commande au pied, vivier 150l, frigo, TV, ET pin-up allongée sur la banquette cuir.
Remarquons que les deux types d'embarcations se rejoignent sur un point : en cas de bredouille, leurs occupants font la même tête de six pieds de long.

Je peux dire que je l'avais attendu ce moment.
Depuis 23 ans pour être précis.

1984 : la couleur venait de faire son apparition dans la revue de chevet du gamin de 12 ans que j'étais.
"La pêche et les poissons" m'ouvrait à cette époque, où l'Internet était rangé au rayon science-fiction, les portes de mondes fabuleux dans lesquels, sous la plume d'Henri Limouzin, l'aventure n'était pas au coin de la rue mais sous la barque, dans les profondeurs mystérieuses de lacs de barrages auvergnats...
Il faut dire qu'à la Seyne-sur-mer, riante bourgade varoise plus connue pour ses cités et ses chantiers navals que pour ses postes à sandres, l'occasion ne se présentait guère de faire une sortie au manié pour l'ouverture de la pêche des carnassiers.

Faute de lac, faute de barque, je promenais ma canne à lancer (une magnifique Plateau Cobalt de 2,75m en fibre de carbone siouplaît) sur les jetées méditerranéennes, et mettais au sec poissons de roche juvéniles et sparaillons affamés, qui prenaient sitôt sortis de l'eau des silhouettes de perches du kilogramme et de sandres géants.
On n'est jamais plus pêcheur qu'à douze ans, force de l'imagination.

Chaque mois, je guettais avec une impatience de groupie la sortie de mon magazine favori.
Chaque mois, après avoir avoir salué sur leur planche dessinée les poissons de Foissy, je me plongeais dans le récit d'une de ces sorties aux carnassiers pendant laquelle deux ou trois hommes sur un bateau, qui sortaient à qui mieux mieux perches et sandres cantaliens devenaient mon centre du monde, mon rêve, mon saint Graâl, mon Eldorado.

Et puis la vie...les années, études, amour, famille...premier boulot, second, Paris, Marseille...
Les pages de ma collection de dix ans de revue on jauni, puis à l'occasion d'un nouveau déménagement, le carton aux souvenirs a dû être abandonné à la collecte des ordures, qui n'était pas encore sélective.

L'urbanité a fait son oeuvre en moi, de dessèchement, d'emprisonnement et d'oubli.
Je crois que j'ai eu chaud.
Peut-être un exemplaire de la revue rescapé de l'anéantissement m'a-t-il soufflé la question, peut-être un souvenir fugace de la robe d'une perche entre deux stations de métro, peut-être...peu importe.
La petite musique m'est revenue, avec sa question lancinante : elle est de quelle couleur l'eau d'un lac quand on y pêche?

Coïncidence heureuse, j'ai depuis posé mes valises, avec femme et enfants tout près d'un de ces lieux qui ont nourri mon imagination d'enfant.

Et par ce mois de mai 2006, je réunissais enfin, avec l'aide d'un ami quelque peu pêcheur également, le dernier ingrédient indispensable à ma recette du bonheur : une magnifique barque rotomoulée achetée d'occasion avec son moteur électrique et sa remorque.


L'ouverture du carnassiers nous voyait alors sur l'eau à la manoeuvre, coéquipiers aussi enthousiastes qu'inexpérimentés, manipulant avec une dextérité de manchot un écho sondeur flambant neuf, maniant la gueuse de fonte de notre ancre avec la délicatesse d'un docker épileptique, mais jubilant comme deux gosses qui viennent de découvrir la clé de l'armoire à confiture.


Ce carnet rapporte la vie à bord de cet esquif, depuis devenu "barque boat" par la magie du plancher bois et de la moquette de sol.


Il y a bien longtemps que je n'ai plus acheté "La pêche et les poissons"...je vais y songer.